lundi 4 juillet 2011

Google vs Facebook: Les forces en présence avant & après Google+- Dossier 2/2 - Infographie et analyse



Dans la première partie de ce dossier (voir le Billet intitulé: " Google vs Facebook: Google+ et le Face à Face Social - 1/2 - Analyse") consacré au Face à Face social entre Google et Facebook, nous avons examiné, actualité oblige, la puissante irruption dans le champ du web social de Google +. En faisant d'emblée un effort d'analyse en profondeur et de modélisation de la nouvelle donne créée par cette innovation dans l'univers du web.

Nous vous avions exposé dans ce premier billet le bouleversement de la chronologie du dossier, telle qu'initialement programmée, qui nous avait conduits à placer dans la seconde partie l'analyse de l'état des forces en présence. C'est celui-là même que nous vous proposons ici, avec comme support une excellente infographie réalisée par MBAProgramsInfo.

Nous nous empressons néanmoins d'ajouter que l'ampleur de l'avancée de Google avec Google+, la déflagration associée, sont telles que nous allons devoir consacrer un nouveau billet au sujet, en plus de ce dossier, tant il se passe de choses depuis le 28 Juin 2011. Une sorte de mutation accélérée du web social, à l'échelle des enjeux. Et très éloignée du buzz auquel certains voudraient croire, ou faire croire, mais sans réelle analyse stratégique de ce qui se passe. Car il faut de toute évidence n'utiliser que le tout petit bout de la lorgnette pour ne pas voir le redéploiement des forces du web social que nous avons décrit.

Nous sommes en effet frappés par l'ascension quasi instantanée et météoritique de Google+ sur le terrain social; par les controverses passionnées que suscite la "plateforme sociale intégrative" de Google, ainsi que nous l'avons nommée; par l'enthousiasme quasi général des utilisateurs (y compris par ceux qui étaient des usagers avertis, voire très avertis de Facebook), mais aussi par certaines réactions très faiblement motivées de scepticisme, voire de repli, voire d'un élitisme ou d'un esprit de chapelle sur certains réseaux sociaux qui s'accordent mal, de notre point de vue, avec l'essence du web social, quand ce n'est pas de franche hostilité, notamment en France; par les réactions à la fois rapides, étonnantes (ou pas du tout précisément compte-tenu de ce que nous avions analysé), et largement amplifiées des professionnels de l'entreprise qui voient d'emblée toute la puissance de Google+ pour un usage professionnel, par distinction d'avec Facebook (certains ayant d'ores et déjà opté pour le nouveau paradigme et le nouveau média social de Google, sans restriction); par la réaction de Facebook qui n'a pas pu s'empêcher, quel aveu terrible de fébrilité et de faiblesse de la part du géant, de développer un petit script non officiel permettant d'utiliser la fonction "Circles" dans Facebook, comme s'il s'agissait d'un simple gadget ou d'une simple question d'ergonomie (ou plutôt, comme pour tenter de minimiser l'impact de Google+ en le ramenant à une question de "Circles", là où Facebook sait sans nul doute que l'estocade est très sévère, qui vient ni plus ni moins introduire un paradigme web social de nature à mettre un terme à son hégémonie en tant que réseau social); par la même réaction de Facebook qui annonce un évènement majeur pour le 6 Juillet, et qui semble hâter l'intégration de Skype à Facebook, comme pour contrecarrer Hangouts, le chat-vidéo multi-utilisateurs en HD de Google+ ); par les annonces faites aux Etats-Unis, dès le Samedi 2 Juillet de la potentialité de Google+ pour la TV mais aussi pour le domaine de l'éducation; etc.

Bref, avec Google+, on ne parle pas que de buzz, ni de viralité d'un nouvel objet pour geeks, contrairement à certains jugements lapidaires que nous avons lus dans la presse française dès le Vendredi 1er Juillet (les attendus de ces jugements étant au demeurant fort compréhensibles pour qui connaît l'univers des médias sociaux et le positionnement comme les spécificités de  chaque réseau, et l'exploitation actuelle qui en est faite par ces mêmes acteurs critiques; mais de tels jugements traduisant une profonde méconnaissance du modèle mis en oeuvre depuis toujours pas Google, l'anti-Apple précisément, et aux antipodes de la culture "geek").

On parle, nous nous répétons à dessein, à la fois d'une avancée et d'une rupture de modèle. Google+ créant et participant de l'avènement d'un nouveau modèle de web social assurant l'intégration/propulsion de contenus web socialement natifs à travers une interface utilisateur  dont on a effectivement dit, à juste titre, qu'elle était d'une ergonomie inégalée jusqu'ici. Nous avions annoncé lors de la mise en ligne du précédent billet que les conséquences allaient être énormes, et les potentialités considérables.
Il aura fallu attendre moins de 4 jours pour que cette prévision se réalise! Voilà pourquoi, au regard même du suivi de l'information, et de la mutation en cours, nous consacrerons un 3ème billet au cas Google+.

Enfin, nous remercions tous les lecteurs de ce billet en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, qui nous ont dit tout l'intérêt qu'ils avaient trouvé à la lecture du billet, notamment sur Linkedin; qui nous ont fait part de leur propre retour d'expérience en temps réel, notamment dans l'univers pro, nous confirmant ainsi dans l'idée que nous avions de prolonger le propos.

Vous savez donc déjà qu'il y aura un troisième volet à lire ;-)


Mais revenons donc à l'état des forces en présence: Google vs Facebook avant la venue de Google+, dans le Face à Face qui les oppose, en tant que géants du web


Qui aurait cru en 1998 qu'un jour, ce ne serait plus Microsoft le géant; que les accusations de monopole, d'abus de position dominante et autres atteintes aux lois anti-concentration économique, atteindraient non plus  une entreprise spécialisée dans l'édition de systèmes d'exploitation et de logiciels, mais une entreprise spécialisée dans le web, en l’occurrence l'indexation et la recherche ou "search" (tout du moins pour son coeur de métier): Google? 

Qui aurait cru en 2004, alors que Google avait déjà constitué une surface économique et financière ainsi qu'une offre conséquente et avait commencé d'éliminer systématiquement en tout ou partie bon nombre de ses  concurrents, que le tout récent réseau social Facebook, dont l'idée germa dans l'esprit d'un inconnu, Mark Zuckerberg, au fin fond de sa chambre d'étudiant, que ce qui allait devenir Facebook pèserait un jour, en Juin 2011, 750 millions d'utilisateurs (inscrits et actifs au moins une fois par mois) dans le monde, et rivaliserait avec Google devenu dans l'intervalle un mastodonte pesant, notamment 1 milliard de visiteurs uniques sur un seul mois (mai 2011)?

Des géants de l'informatique et de l'internet, il y en a quelques uns: Big Blue, dont on vient de fêter les 100 ans  en Juin et qui a su remarquablement réinventer sa stratégie et capitaliser son savoir faire à chaque moment difficile, en regardant très loin devant et en investissant massivement dans la R&D; Apple qui vend 40 Millions d'iPad en 1 an (pour ne citer qu'un exemple) comme on vendrait des gadgets à 2€; Microsoft et sa Galaxie de 264 entreprises à ce jour (voir notre billet), plus offensif que jamais parce que conscient qu'il ne peut plus capitaliser sur un système d'exploitation universellement quasi imposé; plus que jamais décidé à aller chercher Google pour le combattre sur son propre terrain, celui du cloud computing, après avoir accusé un retard terrible tout simplement parce qu'à peu près personne au sein de la firme de Redmond ne croyait que le Cloud computing allait révolutionner l'IT non seulement des entreprises mais aussi des particuliers (voir les déclarations de V.  Gundotra dans la première partie de ce dossier); etc.


Avant Google+, il restait à l'évidence de multiples interrogations sur la question de savoir à la fois si Google pouvait continuer sur sa lancée, relever le défi du web social, et résister à la formidable ascension de Facebook.

Car dans le même temps, Facebook, lui, a parfaitement négocié le virage, et même tracé comme leader le sillon du web social, en portant son propre réseau social à un niveau de développement absolument inégalé jusqu'alors, selon un modèle économique qui ne s'est somme toute décidé que tardivement, mais entraînant avec lui l'ensemble des réseaux sociaux et des médias sociaux dans une dynamique sociale qui allait marquer de son empreinte non seulement le web, mais l'ensemble de l'activité économique et humaine.

D'où l'état des forces en présence avant Google+ tel qu'il est reflété par l'infographie ci-dessous, qui isole les grandes données de ce que l'on pouvait considérer, on le sait aujourd'hui, comme un point d'équilibre, hypothétique, point d'équilibre qui, avec Google+, vient en fait de se révéler comme un point d'inflexion, quel que soit le rapport sous lequel on se place: offre de services web, stratégie, audience, poids publicitaire, etc.

De façon métaphorique, l'infographie met face à face Google et Facebook à la veille d'un combat, tels deux poids lourds du web sur le ring.  Au vu des enjeux, il n'est pas injustifié d'utiliser un vocabulaire belliqueux! 

Nous vous laissons le soin d'explorer cette infographie dans son détail, tout en faisant saillir les éléments dont il nous semble qu'il sont capitaux pour apprécier la nature et le poids des "atouts" des compétiteurs.



L'âge


Google, créé en 1998, a déjà 13ans. Facebook, créé en 2004, n'en a que 7.

Atout pour Facebook? Celui de la jeunesse, de l'attractivité. La possibilité de surfer sur une thématique très porteuse qu'il a su créer et incarner de façon déterminante à une telle échelle: le web social, sous la forme d'un réseau social planétaire.  Une aptitude à inventer en permanence de nouvelles fonctionnalités, de nouvelles passerelles (de Monster avec Beknown à Skype par exemple, pour ne parler que des plus récentes; mais on pourrait aussi évoquer l'Open compute project). Une pertinence marketing éprouvée et la capacité à faire exister Facebook là où c'était jusqu'alors le désert: dans le domaine politique (se rappeler la première campagne électorale d'Obama; le rôle notamment de Facebook dans les révolutions arabes pour prendre là encore un exemple récent), dans le domaine des ONG et des actions bénévoles. Bref, une aptitude à "faire évoluer le produit en permanence".

Handicap pour Google que ces 13 ans? Pas si sûr, car Google n'a pas fait que "résister" durant 13 ans au domaine du web. Il a éliminé ou marginalisé un a un ses principaux concurrents "search" pour se retrouver aujourd'hui dans le seul face à face qui "l'intéresse", celui qui l'oppose à Bing.
Il a su dès le début anticiper le basculement intégral du web dans le cloud. Au moment où bon nombre d'internautes se débattaient encore avec Outlook express, Outlook et leurs complications de configuration à n'en plus finir (sans parler des problèmes de sauvegarde ou de sécurité...), et même Thunderbird, voire se perdaient dans les méandres de leur webmail propriétaire chez leur FAI, le webmail Gmail s'imposait peu à peu avec son incroyable facilité d'utilisation, sa capacité de stockage, la puissance du moteur intégré, y compris auprès des entreprises avec les Google Apps. Cloud encore avec Google Agenda. Cloud toujours avec les Google docs et les Google Apps que Microsoft tente aujourd'hui de concurrencer après BPOS avec Office 365, mais au prix de quelles difficultés de lancement et quel retard! Cloud encore pour la musique, avec le tout récent Google music.  Cloud encore avec Picasa et Picasa web album pour le stockage et le partage des photos. Etc.

Google aura également su, au cours de ces 13 ans, faire preuve d'une volonté permanente d'exploration via des budget R&D considérables, y compris par une politique de stimulation des initiatives internes en matière de développement; par sa philosophie du "Google labs"; par son regard tourné vers l'avenir (OpenGL, Traitement de data). Avec les fruits que l'on connait.

On pourrait aussi évoquer le remarquable opportunisme en matière d'acquisitions avec l'emblématique Youtube; l'aptitude à créer un service web pour chaque usage nouveau ou émergent de l'internaute: Google news et l'explosion de la société de l'information; google reader pour la même raison; google maps et google earth pour la géolocalisation; google shopping; Blogger pour prendre pied puissamment dans les médias sociaux et choisir son adversaire avec Wordpress, laissant les autres plateformes de blogs  "ramasser les miettes" (même si Tumblr vient de passer devant Wordpress) etc.


D'un mot, en face de presque chaque besoin de l'homme moderne qui veut accéder au monde avec un seul clavier et une connexion internet, il y a un service Google! Y compris pour les besoins non encore complètement révélés, mais on ne doit pas douter que Google saura les rendre évidents, avec la réponse utile. 1 seul exemple: Un terminal tournant sous Android et capable de gérer un environnement domotique, comme annoncé à Google I/O 2011.

Enfin, on devra s'arrêter sur la maîtrise du développement de plateformes, de Chrome (Navigateur ou OS- Explorer se trouvant peu à peu relégué; et Chrome OS connaissant aujourd'hui une naissance plus convaincante avec le Chromebook, certes décrié, mais dont il faut bien reconnaître qu'il vient répondre à un usage de l'informatique orienté web et au moment où ni les particuliers, ni les entreprises ne souhaitent plus investir dans un hardware onéreux et rapidement obsolète) à Android, avec la passerelle vers la mobilité dont Google a très vite compris l'importance fondamentale, pour autant que l'on associe web et mobilité. Ce qui explique la courbe de croissance actuelle d'Android.

13 ans pour Google qui lui ont donc permis de consolider une expertise globale à la fois du web et de la mobilité avec une richesse de contenus qu'absolument aucun autre acteur du web n'a pu ou su ou voulu égaler. Il y eut incontestablement beaucoup de ratés, dont le web social pour lequel Google+ vient aujourd'hui apporter une réponse majeure parce que non artificielle, mais c'était le prix à payer. Constamment "Google a fait évoluer son produit". Et il excelle à consolider ses acquis et à les projeter dans une nouvelle ère du web qu'il crée. Car Google ne copie pas: il innove en permanence!

A tout seigneur tout honneur. Si cette situation n'exprimait pas la réalité, pourquoi donc les autorités anti-concentration et chargées du respect de la concurrence, en Europe et aux Etats-Unis, s'intéresseraient-elles aujourd'hui d'aussi près à Google? On cherche à épingler Facebook sur son défaut de transparence en matière de données personnelles et de conditions générales de fonctionnement. On cherche à épingler Google sur la situation monopolistique, ou supposée telle, que créée une telle omniprésence sur le web.

A comparer le "jeune" Facebook et le "vieux" Google, l'âge ne semble guère faire problème et les deux protagonistes semblent aptes à se battre à armes égales sur le plan du dynamisme. Chacun des deux géants ne cesse de se renouveler. Chacun dispose d'un potentiel et d'une réactivité dans l'innovation sidérants. Chacun fait preuve d'un marketing visionnaire et très efficace. Chacun sait constamment se projeter.

On comprend pourquoi les "victimes", de MySpace (ruiné par l'ascension de Facebook) à Altavista en passant par BPOS (contraint de se transfigurer en Office 365, dans un défaut patent de visibilité et de distinction d'avec Skydrive pour les TPE-PME et les particuliers, et sans que dans le lancement, la guerre de la désinformation ne soit épargnée aux utilisateurs, tant Microsoft veut à tout prix prendre des parts de marché aux Google Apps qui l'ont précédé) et Dailymotion (qui ne "mourra" pas, mais semble condamné à demeurer une entité très modeste sur le plan du partage vidéo) ou même Viméo (créé en 2004 et qui a du inventer un modèle payant pour continuer d'exister, avec 17 000 vidéos envoyées chaque jour, quand 2 millions le sont, toujours chaque jour, sur Youtube!), et demain peut-être l'iPhone (à cause d'Android) voire iCloud (à cause de Google music et nonobstant Itunes et son antériorité) pour ne donner que quelques exemples.
Bien sûr, la liste des "victimes" anciennes, actuelles et à venir n'a rien d'exhaustive!

A croire que Google et Facebook ne vont pas laisser grand chose de significatif autour d'eux sur le web, dans la bataille qui les oppose. Nous vous accordons que nous forçons le trait, mais à peine! Il n'est que de voir les chiffres qui suivent:

Au fait, et ton CA?

Facebook un géant? Oui et non si l'on se place sur le terrain du CA. Les revenus 2010 estimés de Facebook s'élèvent à 2 Milliards de dollars contre 29 milliards de dollars pour Google.

Mais encore?
Rien que de normal au fond. Rappelez-vous la stratégie de Zuckerberg: constituer le réseau social N°1 en lui faisant atteindre une taille critique difficile d'être directement concurrencée, et a fortiori rattrapée. Puis en un second temps, monétiser. Le différentiel de revenus s'explique donc par cette stratégie financière.
Mais l'écart n'a rien d'anodin: un rapport de plus de 1 à presque 15.

De plus, on doit également avoir présent à l'esprit que sur les 2 derniers trimestres 2010, Google a vu ses revenus croître entre 25% et 30%. Le géant de Mountain View a les reins très solides.

Ce qui n'est pas sans incidence dans le face à face avec Facebook. En effet, Facebook doit constamment rassurer ses bailleurs de fonds et les investisseurs sur son aptitude à faire ... toujours plus en termes d'audience et d'utilisateurs. (D'où l'importance stratégique des 750 millions d'utilisateurs et la plus extrême attention accordée à ce fondamental).
Google n'a pas les mêmes contraintes. Si donc le choc frontal qui vient de s'engager sur le terrain du web social devait se prolonger et avoir des conséquences sur l'audience de Facebook, nonobstant la toute dernière valorisation à 70 milliards de dollars de ce dernier, Facebook devrait mobiliser toutes ses ressources pour ne pas perdre de terrain devant Google. Il y va de sa crédibilité financière.


L'audience : "Dis-moi combien tu pèses!"... mais gare au temps que je te consacre!

En Mai 2011, Facebook a franchi le cap des 750 millions d'utilisateurs actifs, comprenez qui ont un compte et qui s'y connectent au moins une fois par mois. L'infographie évoque le chiffre de 600 millions. Elle retarde direz-vous! Oui, à ceci près que le méga réseau social pesait 600 millions d'utilisateurs à .... Janvier 2011 (selon document Goldman Sachs). Il est désormais erroné. Ce qui veut dire qu'entre Janvier 2011 et Mai 2011, soit 3 mois, Facebook aura grossi de +/- 150 millions d'utilisateurs. Boulimique!

C'est également en Mai 2011 que Google a franchi, tous services confondus, le chiffre oh combien symbolique du Milliard d'utilisateurs.

Google laisse donc loin derrière lui Microsoft (900 millions), Facebook (750 millions) et Yahoo (689 millions) - [source Comscore]. Certes, un chiffre peut en cacher un autre: Google a eu la plus faible progression. Mais il sera évident pour quiconque manipule un tant soit peu les chiffres qu'il est plus difficile de progresser en partant de 900 millions de visiteurs ou de 1 Milliard qu'en partant de 700 millions.
Il convient de garder les pieds sur terre quand même! La Chine compte 1,4 milliard d'habitants. L'Inde 1,2 milliard, les Etats-Unis environ 400 millions d'habitants. Donc par mois, l'équivalent de la population de l'Inde (à peu de choses près), ou de 2,5 fois la population américaine utilise les services de Google...

Maintenant, c'est Facebook qui dame le pion à Google sur le plan du temps passé sur le site. On passe 12,7% de son temps sur le web en le consacrant à Facebook. Et 10,1% sur les sites de Google.

Mais il y a un chiffre qui vient encore modifier la donne, que nous ajoutons à ceux de l'infographie: L'institut CSA vient de montrer que les "Everynautes", ces internautes multi-connectés, qui représentent rien moins que 30% de la population des internautes, chiffre en constante augmentation (voir notre étude sur la mobilité), sont connectés plus de ... 4 heures par jour. Voilà de quoi pondérer le temps consacré à Facebook. Car l'everynaute ne saurait demeurer 4 heures sur le seul réseau social N°1. Avec son smartphone, il jongle entre Facebook, ses recherches, ses réservations de tous ordres, ses checks via d'autres réseaux sociaux, ses uploads, son travail en mode collaboratif, ses contenus placés dans le cloud (quels qu'ils soient, et notamment sa musique), etc.
Bref. Il est difficilement concevable que tout ce temps passé sur le net ne se fasse pas en relation avec des contenus. Or le "roi" du contenu, de l'information "au bout des doigts", ce n'est pas Facebook.... c'est Google!
Les everynautes vont donc peut-être constituer l'une des multiples portes d'entrée pour Google+, dont les usages risquent fort de modifier la donne une nouvelle fois, en termes de temps passé "sur" Facebook ou "sur" Google, ce qu'on cherchera à voir avec grand intérêt dans les études à venir.


Collecter... ou partager? Dans tous les cas, vos data valent de l'or!


Puis l'infographie liste, pour Facebook et pour Google, la façon dont l'une et l'autre des sociétés se comportent vis à vis de vos informations confidentielles, de vos informations de connections, 

2 logiques semblent ici s'affronter: 
Une logique de la conservation: c'est celle de Google. et une logique de la transmission (partage), celle de Facebook.  Nous vous laissons le soin de considérer sur l'infographie elle-même tous les champs de données que cela peut concerner.

Nous nous concentrerons sur les conséquences, observations et interrogations que cela soulève.
Tout d'abord, convenons que dans tous les cas, on parle de "data", de données, captées à l'occasion de chacune de vos actions sur Facebook ou Google (quel que soit le service concerné). Ces données, d'une extraordinaire complexité, générées en flux, sont autant d'informations capitales qui ont une valeur économique considérable: on voit l'intérêt marketing pour les annonceurs; pour Facebook et Google eux-mêmes dans l'orientation de leur stratégie de développement. On voit aussi l'intérêt financier qu'il y aurait à monnayer directement ces données, tant leur valeur ajoutée est gigantesque.

Mais immédiatement surgit un problème, et de taille: celui de l'utilisation qui est faite de vos données personnelles, de votre accès non seulement à ces données, mais aussi et surtout à l'utilisation qui en est faite, car c'est bien cela qui vous intéresse. On voit également la fragilisation de la vie privée.
Or ni Facebook ni Google ne sont authentiquement transparents sur la question de la gestion des données personnelles. Début 2011, sous la pression des pouvoirs publics, Facebook a revu ses conditions d'utilisation pour les rendre plus "accessibles", "compréhensibles", bref, transparentes. Mais on est encore loin du compte. 

Chez Google, la situation est sans doute moins caricaturale, sans pourtant être réellement transparente.
De toute évidence, de telles masses de données personnelles aussi confidentielles et aussi précises doivent être considérées du point de vue d'une gouvernance du web dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est ni advenue, ni en train d'advenir, le dernier e-g8 qui s'est déroulé à Deauville en Mai 2011 n'ayant débouché sur absolument rien.

Et la vie privée dans tout ça?

En réponse à la fois à ces incertitudes sur l'usage des données personnelles, et à l'absence de gouvernance, l'infographie renvoie l'internaute au "principe de précaution" appliqué aux données sensibles sur le web. Trois conseils qui se résument à ceci: naviguer sans historique. Efficace sur le plan de la protection de la vie privée, certes. Mais dans le même temps, vous allez vous priver de toutes les potentialités de navigation et d'interaction liées à une navigation "identifiée". 

Voici donc le débat: faut-il choisir entre préserver sa vie privée au détriment des possibilités offertes par Facebook et Google pour ce qui est de l'expérience web de l'internaute; ou inversement, faut-il engranger le bénéfice d'une navigation "identifiée", mais être dépossédé à un degré inconnu de données confidentielles?

L'infographie ne pose même pas le problème ainsi, se contentant de proposer le point de départ de cette réflexion. Mais dès lors qu'il est formulé, on voit bien à quel point la gouvernance du web, sur la question ultra sensible des données personnelles, s'impose comme une urgence absolue. Car en soi, l'internaute n'a pas à choisir. Il devrait pouvoir profiter de toutes les potentialités offertes sans s'exposer dans sa vie privée. Le web a encore beaucoup de maturité à acquérir sur ce plan, ce qui n'adviendra pas par décision des géants du web, ni par un heureux hasard...

PS: Au moment où nous rédigeons ces lignes, nous prolongeons notre propre expérience approfondie de Google+. Or que remarquons-nous? Que la fonctionnalité "libération des données" permet à l'internaute, à tout moment, de retirer les infos qu'il a postées et de les télécharger. Incontestablement, Google fait un pas énorme sur le terrain de la transparence, redonnant la main à l'internaute, à son contrôle, et lui offrant la faculté de réapproprier ses data et donc sa vie privée. Notons que, creusant la question nous découvrons nous-mêmes, ce que Facebook avait soigneusement caché, que cette faculté existe chez ce dernier, mais personne ne l'ayant visiblement ni découverte ni exploitée. Lorsqu'on parle de transparence...
Donc, l'infographie, au regard des plus récents développements apparaît comme inexacte d'un certain point de vue. Nous maintenons néanmoins le développement précédent relatif aux données personnelles et à la protection de la vie privée, remarquant que le plus ancien des géants aura su désamorcer par anticipation une critique voire un grief qu'on aurait pu retenir contre lui, coupant l'herbe sous le pied de Facebook en en tirant argument. Reste que ça n'épuise pas la question. En effet, quid de ces données qui auront été répliquées n fois dans les data centers de google, quand bien même auraient-elles été libérées et téléchargées par l'internaute. La complexité technique de l'architecture en cloud computing constitue un frein technologique de fait à une transparence réelle, malgré la bonne volonté apparente de google. Il faudrait donc pouvoir mettre en face des instances capables de poser les règles, et d'auditer le cas échéant les infrastructures informatiques pour s'assurer de leur bon respect. C'est toute la problématique de la gouvernance. elle demeure intacte, malgré les efforts notoires de google. 

Quelle est la répartition du temps passé sur Facebook et Google?

En valeur absolue (et si l'utilisateur moyen consacrait 24 heures par jour au web), Facebook sort vainqueur sans discussion possible avec 2h18. Google arrive au second rand avec 1h45.
Mais, car il y a un mais, et de taille là encore, l'internaute passe 38 minutes sur Youtube qui appartient à.. Google. Dès lors, c'est en réalité 2h18 minutes que l'internaute passe à explorer la "galaxie Google". 

Ex aequo donc. Et l'on se méfiera des statistiques qui scindent ainsi les services de Google pour les comparer à Facebook pour ce qui est du temps passé.

L'impact de l'allongement du temps passé sur le web par les everynautes dont nous avons parlé supra sera intéressant à étudier, sous le rapport de l'impact sur la répartition de la présence sur l'une ou l'autre des "plateformes".


Et la publicité?

Côté coût moyen au click, Facebook et Google font jeu égal avec 0,55$ pour le premier et 0,54$ pour le second.

Les revenus estimés du display pour 2011 donnent 2,2Mds de $ pour Facebook contre 1,15Mds de $ pour Google. Où l'on voit donc que la stratégie de Zuckerberg s'est avérée payante dans la durée, compte-tenu d'un rapport de 1 à 2 sur ce plan.


Qui sont les plus gros clients de Google pour les adwords?

Notons que quelle que soit leur taille, ces grands comptes ne représentent que 5% des revenus de Google sur les adwords. Ce qui est ... à la fois important et marginal.
Ce qui est singulier, c'est l'extrême diversité des activités des comptes représentés dans ce top 10 où se côtoient AT & T, Amazon, BP et Hotels.com. Mais l'unité de compte en Millions de dollars en dit long sur la vitalité des adwords et leur importance dans la planification des marketers. Autant dire que Google semble pouvoir compter durablement sur ces 5%.


***

Puisque nous avons envisagé cette infographie sous l'angle du face à face, autant dire que même si les ordres de grandeur sont importants, en réalité on voit bien qu'aucun de ces géants ne peut se permettre de concéder du terrain. Ni Google en se laissant déborder sur le terrain social. D'où sa contre-offensive en forme de nouvelle stratégie avec Google+ telle que nous l'avons explorée dans la première partie de ce dossier; ni Facebook qui n'a pas somme toute des fondements si définitivement assurés que son rival, qui est encore très largement dépendant de la croissance de son nombre d'utilisateurs pour rassurer ses investisseurs, malgré sa valorisation actuelle.
Un match équilibré mais dans lequel le point de rupture peut, paradoxalement, être vite atteint dans certaines circonstances. Et notamment la sortie de Google+. D'où la riposte immédiate, même fébrile, de Facebook que nous avons décrite.

L'internaute lui, tire grand parti de cette rivalité stimulante pour l'évolution des offres de Facebook et Google. Restant néanmoins en suspend, avec un énorme point d'interrogation, la question de la prise en charge des données sensibles et de la protection de la vie privée sur le web.

Nous vous laissons donc au plaisir de la découverte et de l'exploration de cette infographie



1 commentaire:

  1. Le modèle étriqué de Facebook et son ambition de web captif m'ont toujours gêné. L'approche de Google est nettement plus rassurante en terme de contenus, d'avancée technologique, d'ouverture, en un mot d'intelligence. Elle correspond bien mieux à la raison d'être d'Internet. Cela dit en cas de succès, le géant de Mountain View aurait tout internet, tout sur nous et sur beaucoup d'entreprises entre les mains.

    Certains parmi ceux qui ont compris doivent déjà s'arracher les cheveux.

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