Genèse de ce dossier sur le Face à Face Google vs Facebook
Qu'il nous soit permis en introduction de vous faire part de la genèse de ce billet. Car elle est révélatrice des enjeux du sujet.
Il y a un peu plus de 72 heures, un billet destiné à ce blog était en cours de finalisation, dans lequel nous vous invitions à une réflexion sur le véritable combat auquel se livrent plus ou moins frontalement Google et Facebook depuis maintenant quelques années. Pourquoi ce sujet? Tout simplement parce qu'il y avait quelque chose de singulier à voir Google et Facebook à la fois se défier et s'éviter de façon aussi manifeste. Et l'on était fondé à se demander de quelles armes chacun des deux géants du web disposait à la fois pour perpétuer son propre modèle; pour ne pas pâtir de la montée en puissance de son concurrent; pour ne pas laisser, sur un plan stratégique, un quelconque champ libre que l'adversaire n'aurait pas manqué de transformer sans délai en territoire conquis et de valoriser immédiatement sur le plan économique; pour consolider son positionnement de géant du web, émettant ainsi un message important sur le plan financier; pour conserver son propre potentiel et sa dynamique de croissance.
Il s'agissait donc, dans ce combat entre Google et Facebook, de caractériser et évaluer les forces en présence. Pour apprécier sous quels rapports les deux géants étaient susceptible de se mesurer, et décrypter peut-être qui allait l'emporter. Non que l'on puisse raisonnablement penser que l'un élimine l'autre, tant le coeur de métier des deux entreprises est différent malgré les multiples passerelles. D'autant plus que le Web peut parfaitement voir coexister deux acteurs de cette taille. A supposer que chacun explore et valorise sa propre expertise, tout en ne cédant rien à l'autre sur l'un des terrains clés du web: le terrain social, puisque le web est devenu web social. La chose était évidente pour Facebook, elle semblait faire davantage question pour Google. L'emporter signifiait donc davantage réussir à puiser dans son propre modèle les ressources de sa propre croissance. L'emporter contre (et avec) soi-même pour ne pas être distancé par le concurrent.
L'enjeu donc de ce billet initialement prévu n'étant rien moins, d'une certaine façon, que l'appréciation des potentialités de Google et de Facebook, susceptibles de leur permettre de revendiquer une éventuelle suprématie sur le web.
Il y avait déjà matière. Matière à comprendre que c'est à un authentique face à face, à un affrontement titanesque, mais dont l'internaute est à l'évidence le grand bénéficiaire, que les deux géants se destinaient, chacun montrant ses muscles, notamment, à coup de centaines de millions, voire à tutoyer le milliard de visiteurs uniques ou actifs.
Voilà ce qu'il était prévu d'explorer... Jusqu'à ce qui suit et qui a justifié que nous changions à la fois l'ordre et le contenu de l'analyse.
Google + et le choc frontal Google vs Facebook sur le terrain social, ou quand la réalité rattrape la fiction avec l'émergence d'un nouveau Modèle d'expérience sociale du web
Mais l'actualité nous a rattrapés et dépassés donc. L'actualité de Google, précisément. La réalité étant parfois plus incroyable que la fiction, Nous voulions envisager les conditions d'une confrontation et d'un éventuel choc frontal. Et voilà que ce choc venait de se produire avec le lancement par Google de... Google+ Project.
Voilà qui nous forçait à une relecture complète de la situation, à une nouvelle mise en perspective, et à une accentuation de la portée de notre réflexion initiale. Les cartes semblaient distribuées avec Facebook omniprésent sur le terrain du web social. Google + vient littéralement bousculer cette suprématie, rebattre les cartes du web, conforter sa propre position comme sa dynamique de croissance, en introduisant une nouvelle dimension de l'expérience comme de la réalité du web social. Coup de tonnerre!
Jusqu'ici, nous avions assisté à la croissance comme à la diversification de Google se traduisant par une omniprésence sur le web. Mais il y a un virage que Google semblait avoir raté. Un virage de taille: celui du social. Eric Schmidt, ex CEO de Google ne déclarait-il pas le 1er Juin lors de la conférence D9 du Wall Street Journal, et sans aucune langue de bois: "Nous avons "foiré" le virage du web social"? C'est peu dire. Wave avait été un échec; Google Buzz est presque épisodique; le bouton "+1" n'a pas encore pleinement démontré la pertinence de son graphe social, semblant presque instrumentalisé, à la différence du "like" de Facebook. Le web social restait encore de toute évidence pour Google un territoire à conquérir.
Allons donc à la découverte de ce nouveau modèle!
L'annonce et le déploiement en version béta de GOOGLE+ PROJECT: ANALYSE & ENJEUX
L'annonce de Google+ Projet
Ainsi donc Google a-t-il annoncé il y a 3 jours le test en version Béta et pour quelques visiteurs, sur invitation, de Google + Projet - Le projet Google+. En quelques heures, l'information a fait le tour de la planète. Un buzz insensé s'est déployé non seulement autour du projet, mais aussi autour de la recherche d'invitations pour découvrir la nouvelle expérience sociale proposée par la firme de Mountain View, les internautes, professionnels ou non, rivalisant d'ingéniosité pour satisfaire leur curiosité face à un tel évènement (nous en étions!)
Cette actualité est survenue officiellement le 28 Juin 2011 à 10h45 très exactement. Sur le blog officiel de Google. Avec un post de Vic Gundotra, Vice-Président de l'ingénierie chez Google, un ancien de Microsoft passé à Google en 2007, précisément parce qu'il avait vu que "the world (is) changing", devenu un véritable évangéliste et visionnaire du géant du web, une pièce maîtresse de la réflexion stratégique de Google, une véritable star.
Ce n'est pas un hasard si nous rappelons ce point d'histoire du management de Google et la modalité de l'annonce. Car le post de Gundotra annonçant "Google+ Project". Le projet Google+ est une véritable bombe qui vient d'exploser au visage des internautes, des observateurs, des professionnels du web, dont l'onde de choc n'a toujours pas diminué en intensité, bien au contraire, un véritable tsunami déferlant depuis plus de 72 heures sur le web.
Et au même titre que Gundotra avait vu que Microsoft était en train de rater le virage du web, des web applications, de la mobilité; l'ingénieur visionnaire a vu que Facebook a proposé jusqu'ici une expérience sociale sans doute trop étroite, trop "formatée", insuffisamment intuitive, découplant le champ du relationnel virtuel et de la socialisation réelle (malgré les efforts constants de Facebook sur ce terrain), réductrice en termes d'expérience globale du web.
Laissons la parole à Gundotra sur ce point: "We'd like to bring the nuance and richness of the real-life sharing to software. We want to make Google better by including you, your relationships, and your interests. And so begins the Google+ project"
Google+ : Des mots pour dire la refondation du web, la refondation de l'expérience sociale via le web, et l'expérience web de l'internaute.
Arrêtons nous tout d'abord et avant d'entrer dans le détail, sur le titre de l'article de Gundotra, fort instructif: "Introducing the Google+ Project: real-life sharing, rethought for the web".
Google a lui-même traduit ce titre en français par "Découvrez le projet Google+: partagez le web comme vous le vivez".
Qu'il nous soit permis de creuser la formulation, voire d'ergoter un peu sur la traduction, car l'enjeu est gigantesque, et, contrairement à ce que certains commentateurs pensent et disent sur le web, nous ne souscrivons nullement à la thèse d'un buzz savamment orchestré qui viendrait soutenir un produit plus ou moins abouti et surtout, plus ou moins réellement majeur dans le combat qui oppose Google à Facebook.
Nous ne souscrivons pas non plus, et même encore moins, à la thèse ambiguë de la "couche sociale", voire de la "sur-couche sociale" évoquée par tels commentateurs, dont Google aurait paré ses services, et qui constitue une aberration pour ce qui est de caractériser un véritable changement de paradigme pour Google, en tant qu'acteur du web. Nous y reviendrons plus bas dans ce billet.
Les mots donc de l'annonce, presque mot à mot, pour tenter de décrypter les intentions profondes de Google dans ce nouveau projet, sans doute le plus déterminant depuis sa création.
"Découvrez le projet Google+". Pas de difficulté. Mais un indice. Que désigne ce "+". Un "nouveau" Google? Non. Bien plutôt un redimensionnement de Google, dans toute la richesse des services web que nous lui connaissons. Un passage à quelque chose de supérieur, qui n'est pas simplement un "upgrade", mais la projection dans une autre dimension précisément. Mais alors, quelle dimension? Patience... Mais vous devinez déjà...
"Partagez la vie réelle". Là ça devient très intéressant. C'est le cœur de métier de Google la "vie réelle", n'est-ce pas? Un moteur de recherche ça vous parle de contenus biens réels, triés par ordre de pertinence, relatifs à un monde bien réel. Ce dernier fut-il envisagé sous le prisme de sa représentation virtuelle dans un univers de liens à travers une toile, la réalité se trouvant par le fait même déjà augmentée. C'est la définition du web!
Google revendique donc avec Google+ son expertise essentielle, la pertinence, associée à un monde réel; et son ancrage web définitif. Géant du web il est, géant du web il restera, mais avec une emprise directe et efficace sur le monde réel, via la pertinence. La pertinence que l'on trouve dans le moteur lui-même, mais aussi dans tous les services de Google, quels qu'ils soient, et quel que soit le type de contenu auquel cette recherche de pertinence puisse être associée.
Mais Google nous donne la clé: "sharing". "Partagez". Nous y voilà! Partager la vie réelle, c'est entrer de plain-pied dans la dimension sociale. Le message est lumineux! Avec le projet Google+, Google entend nous permettre de projeter un web intelligent (celui de la pertinence, vous vous souvenez?) et protéiforme (toutes les expériences du web permises par les web applications, les sources de contenu, les supports web mobiles - c'est à dire l'ensemble de l'offre de Google) dans une dimension sociale, dont on se doute bien, connaissant Google, qu'elle sera très intuitive, très ergonomique, et très pertinente.
Le social pour potentialiser le réel. Le réel augmenté par la socialisation. rien que ça! Toute l'offre web de Google, en prise avec le réel, et sous emprise de l'internaute, valorisée par le social. Social qui cesse du coup d'être une simple "couche" rapportée, pour devenir organique et partie intégrante de l'écosystème web de Google. Une révolution, nous l'avons dit.
Tous éléments confirmés par les premières informations fournies par Gundotra, et qui sautent aux yeux de l'internaute dès lors qu'il a Google+ au bout de son clavier (si vous ne l'avez pas encore, patience, ça devrait venir vite à notre avis ;-)
Les fonctionnalités de Google+
Les "circles", ces cercles qui permettent d'organiser vos contacts, vos relations, de façon absolument intuitive par "drag and drop", en répondant à votre propre nomenclature, celle qui correspond à vos cercles relationnels réels, dans la vie réelle... ou virtuelle!
Mais aussi les "sparks", ces déclics, autant de centres d'intérêts (des contenus) qui vont représenter des pôles de constitution de communautés d'autant plus actives et favorisant l'engagement qu'elles s'enracinent dans la vie réelle (on part de la technologie du "search", il ne faut jamais l'oublier!).
Ou encore "Hangouts", les vidéo-bulles, un chat-vidéo HD multi-utilisateurs qui permet de retrouver des communautés réelles pour des échanges "spontanés".
Ou encore "Huddle", un chat en groupe pour mobile qui permet, en s'appuyant sur les "circles", de définir, avec telle ou telle de ses communautés réelles, d'organiser un évènement de façon rapide (sortie restaurant, cinéma, etc.).
Ou encore "Instant upload", qui permet de partager en temps réel, avec un upload automatique dans votre web album, les photos que vous prenez avec votre mobile.
Résumons-nous: Google entend capitaliser son expertise: la pertinence, telle que rattachée à la vie réelle; en l'intégrant à une dimension sociale: le partage. D'où l'annonce de Gundotra "Partagez la vie réelle".
Les circles (cercles), sparks (déclics), hangouts (chat-vidéo multi-utilisateurs), Huddle (chat thématique en groupe), "Instant upload" étant autant de modalités d'intégration de contenu dans une dimension sociale, le contenu, hautement pertinent pour l'internaute, devenant le support d'un ensemble d'interactions sociales personnalisées très ciblées, par définition.
Le contenu sert de support au partage ainsi qu'à la personnalisation sociale. Il peut en être le point de départ (Sparks/Déclics). Et inversement, la pertinence organisée (par l'internaute) de ses propres communautés (Circles), permet une exploration/exploitation du contenu à haute valeur ajoutée sociale (plus d'interactions sociales; plus d'engagement). Le système est à double entrée. On peut partir du contenu pour "appeler" le social; ou bien, on peut partir du social (les cercles et communautés), pour interagir autour d'un contenu.
L'une des grandes forces de Google+ est de rendre cette double démarche que nous avons "modélisée" pour les besoins de l'analyse, extrêmement intuitive grâce à une interface très ergonomique et multiplateformes, puisque codée en html/javasript. Exit donc les éventuels freins dus à des problèmes de navigateurs. Pas avec cette double entrée. Pas avec cette facilité de création de ses propres communautés.
Mais il nous reste à examiner la fin de l'annonce de Gundotra: "rethought for the web". "Repensé pour le web". Qu'est-ce à dire? La première interprétation est évidente et découle de ce qui précède: le partage de la vie réelle doit être aussi simple, évident, intuitif, que le sont les échanges et tout le contenu de la socialisation dans la vie réelle. Ici, la socialisation de Google+ passe par l'ergonomie. Ce n'est pas une mince option, là ou bon nombre d'interfaces web pourtant "sociales" semblent rencontrer de vraies difficultés avec l'ergonomie. Et puisque ce billet nous amène à nous pencher sur le face à face Google vs Facebook, il n'est que de voir la façon dont Facebook ne cesse de modifier non pas seulement ses fonctionnalités, mais l'ergonomie de son interface pour être convaincu que web social doit impérativement rimer avec exploitation intuitive. Voilà pour le premier niveau d'analyse.
Reste que si l'on s'en tient à cela concernant Google+, à savoir de nouvelles fonctionnalités, certes originales et fort pratiques, et une excellente ergonomie, on risque fort de passer à côté de ce que cette avancée représente. C'est en analysant ainsi que certains parlent, de notre point de vue à tort, d'une "couche sociale", ou d'une "surcouche sociale".
Or Google+ représente beaucoup plus que cela!
Repartons des mots de l'annonce. "Introducing the Google+ Project: Real-life sharing, rethought for the web". Le site même de Google propose comme traduction "Partagez le web comme vous le vivez". Le traducteur a pris des libertés qui ne sont pas minces. car le vrai sens de la phrase est, littéralement; "partagez la vie réelle, repensée pour le web". Ce qui n'est pas du tout la même chose! En effet, l'intention de Gundotra était, au regard de la nature même de ce qu'est Google+, de pointer le fait qu'à travers ce que nous commencerons par nommer, temporairement, cette "plateforme sociale", par distinction d'avec la notion de "couche sociale", Google invite les internautes à déployer une interactivité réelle, ancrée dans la vie réelle, autour des communautés et des centres d'intérêts réels, au moyen d'une expérience web totalement repensée, parce que profondément sociale.
Tout le dispositif de Google+ n'est rien d'autre que la lecture faite par Google d'une vie réelle, d'interactions réelles, d'échanges protéiformes réels, permis et enrichis par la socialisation constitutive de cette nouvelle expérience web. C'est toute l'expérience du web qui est repensée. Et cette véritable refonte sociale du web version Google inaugure une augmentation de l'expérience sociale réelle.
On part de cette refonte du web et son dimensionnement social, pour permettre, par un nouveau type d'expérience des internautes, une valorisation des interactions réelles.
D'un mot, il ne s'agit pas de "partager le web comme on le vit", comme le propose l'inadéquate traduction en français, mais de "partager la vie authentique différemment, grâce à une expérience web repensée". L'inversion de perspective est totale!
Ce qui ouvre la porte à de multiples réflexions:
Google+ n'est ni une "couche sociale", ni même seulement une "plateforme sociale", ni certainement un nouveau "réseau social"
Depuis le 28/06 donc, on trouve tour à tour, selon les billets de blog, papiers, articles web, telle ou telle de ces expressions. Au vu de ce qui précède, un tri s'impose. Comme la nécessité de mettre les bons mots sur les réalités.
Google+ n'est pas une "couche sociale"
On doit d'emblée éliminer la notion de "couche sociale" qui est de notre point de vue un contre-sens sur la nature et la portée de Google+.
La notion de "couche" connote un empilement des fonctionnalités. On "surcoucherait" le moteur Google et les différents services avec de nouvelles fonctionnalités plus ou moins intégrées. Or comme nous l'avons démontré, Google a ni plus ni moins pris le parti de refondre complètement l'expérience web de l'internaute en la faisant entrer dans la dimension sociale pour augmenter les interactions de la vie réelle. Intégration n'est pas "surcouchage". Il n'y a aucun gadget dans Google+. Circles, Sparks, Hangouts, Huddle, sont autant de forme d'expérience web modifiant et venant intégrer les fonctions, services et marqueurs sociaux de Google (du search à +1 en passant par le fait que désormais, la porte d'entrée est le "you" situé en haut à gauche de la nouvelle page, personnalisée à l'extrême, par opposition à l'anonymat de la page d'accueil du moteur, et bien au-delà de iGoogle), au service des interactions sociales réelles.
Autre signe de cette inversion de perspective et du fait que l'on n'est pas en présence d'une "couche sociale": depuis 72 heures, simultanément d'avec le lancement de Google+, chacun a pu constater que la page d'accueil de Google s'est dotée d'un bandeau noir en haut de page. Détail? En rien! Google donne à penser que c'est l'ensemble de l'expérience web, l'ensemble des services, qui vont peu à peu être intégrés à cette socialisation.
Plusieurs faits viennent encore accréditer cette thèse de la mutation sociale radicale de Google dont Google+ devient l'incarnation. D'une part, Google ne cesse, depuis quelques mois, d'introduire des composantes sociales: le Bouton +1; la socialisation des résultats du moteur désormais entérinée et intégrée à l'algorithme (avec les difficultés que cela soulève), le rachat début Juin de Postrank, et l'irruption de l'analytique sociale, cet outil permettant la veille de la façon dont les contenus sont échangés et interagis sur les réseaux sociaux, l'engagement étant mesuré, et traduit, par exemple pour la gestion de la pertinence des posts restitués par les flux RSS intégrés à Google Reader.
Tout se passe comme si ces diverses avancées convergentes sous le rapport du web social, avaient balisé et préparé le terrain pour un basculement social de Google, et de l'ensemble de l'expérience de l'internaute. Si l'avenir nous dira si c'est une réussite ou un échec, le fait demeure que Google a bel et bien pris, avec Google+, un virage social déterminant et absolument inédit, dont il constitue le point de bascule originel et l'environnement. On est très loin de la "couche sociale".
Voudrait-on maintenir l'expression de "couche sociale", comme on parle par exemple d'une "couche logicielle" au sens informatique que l'on commettrait la même erreur d'analyse. Une couche logicielle répond à une logiquement de superposition des composants (et donc des fonctions), des plus génériques aux plus spécifiques, pour répondre aux besoins de traitement de l'information. Pour être "superposées" ces couches renvoient à une spécification des fonctions. Or Google+ ne vient pas se "superposer" comme filtre social (même très élaboré) en ne faisant qu'ajouter des fonctions différenciées (Circles, Sparks, Hangouts, Huddle). Il crée un environnement spécifiquement social pour traiter l'ensemble des contenus préexistants, et en faire le support d'une socialisation (partage/échange/interactions). Google+ est une "architecture sociale" en soi, et pas une composante ou une "couche sociale" de plus.
Google+ est-il un nouveau réseau social?
Certains se posent, à juste titre, la question. Tout en soulignant que Google viendrait ainsi de se positionner avec Google+ en concurrent direct de Facebook.
Commençons ... par la fin. Tout d'abord, Google, non sans malice a nié se porter concurrent de Facebook. Laissons de côté la part de communication pour nous concentrer sur l'essentiel: Facebook n'a, à analyser les propos de ses représentants officiels, pas plus envie de devenir un moteur de recherche, un opérateur de web applications, tout en entendant bien utiliser à plein les potentialités de son propre graphe social; que Google n'a envie de devenir un réseau social en niant son identité de search, d'opérateur de web applications et de pourvoyeur de services et contenus web, tout en entendant bien ne pas rester en panne sur le plan du web social.
Le coeur de métier n'est pas le même. En ce sens, Google n'est pas un concurrent direct de Facebook. Sauf que... Sauf que la mutation accélérée du web en web social, c'est à dire en web structuré autour de médias qui permettent le déploiement de relations, de réseaux, de communautés qui sont autant de pôles d'interactions et d'engagement, rend de facto un spécialiste comme Google, fut-il très diversifié dans son offre web, vulnérable sur le plan économique en général et publicitaire en particulier, s'il ne crée pas une présence web sociale structurée, et support d'interactions.
D'où les multiples efforts et avancées de Google sur le terrain social que nous avons décrites, pour ne pas laisser le champ libre à Facebook, prêt à "croquer" la planète, fort de son graphe social et de ses 750 millions actuels d'utilisateurs. Mais la présence de Google sur le terrain proprement social demeurait trop diffuse.
En somme, Google n'avait quasiment pas le choix, l'alternative initiale se présentant à lui étant la suivante: ne pas densifier et structurer sa présence sociale sur le web, et laisser un boulevard ouvert à Facebook pour capter la manne publicitaire, via la diversification de sa propre offre et compte-tenu de sa propre surface d'exposition, colossale; ou retenir l'option de la constitution d'un énième réseau social alternatif à Facebook et challenger ce dernier, mais sans doute au détriment de son coeur de métier, de sa propre expertise de search et web, capitalisée depuis 13 ans avec des efforts gigantesques de R & D et une politique d'acquisition extrêmement active, et en accusant d'emblée un retard inévitable.
Google devait échapper à cette alternative pénalisante quel que soit le cas de figure. Dès lors, le géant n'avait en réalité qu'une seule solution devant se déployer à deux niveaux:
1) conserver son identité d'acteur majeur du web, dont le socle est constitué par le search, les web applications, et la diffusion/partage de contenus web, outre le domaine mobile et les applications associées
2) Simultanément, procéder à une intégration à la fois "par le haut" et transversale du social, c'est à dire socialiser de façon structurée l'ensemble de l'expérience des internautes en entrant par les web applications, la porte d'entrée, Circles, étant somme toute une web application intégrative ouvrant sur le champ social de Google+. De la sorte, loin de rajouter une "couche sociale", Google se donnait les moyens de conserver et valoriser tout son actif de search et web; de donner très rapidement à la dimension sociale un caractère organique par rapport à l'ensemble de son offre de services, applications et contenus web, offre mobile.
Google+ n'est rien d'autre que cette intégration sociale transversale de Google en tant que search, opérateur de web applications, pourvoyeur de contenus web partagés, opérateur mobile, Google+ en étant sans doute encore à un premier stade de développement, riche de potentialités sociales et intégratives encore plus avancées. On ne saurait parler de réseau social au sens strict, cette désignation se révélant sans nul doute trop réductrice. Mais on ne peut nier que l'architecture comme l'aptitude de cette interface à "pousser" puissamment à la socialisation sous de multiples formes, à générer connexions et communautés, partage néanmoins avec les réseaux sociaux stricto sensu certaines de leurs propriétés fondamentales.
Google+ : une "plateforme sociale"? ou une "plateforme sociale intégrative" avec des "contenus nativement sociaux"
Si le terme "plateforme" désigne une architecture à partir de laquelle on peut développer et déployer un ensemble de fonctionnalité spécifiques, alors, il n'est pas aberrant de parler de "plateforme sociale", comme nous avons pu le lire sur tels ou tels blogs. En effet, Google+ apparaît de toute évidence comme un espace web proprement social à partir duquel des fonctionnalités sociales (celles décrites supra) sont déployées.
Mais, et ce mais est de taille, on donne alors à penser avec cette terminologie, que cette "plateforme sociale" se suffirait à elle-même. Ne se distinguant alors qu'à grand peine d'un réseau social. Alors que, de toute évidence, et comme nous l'avons analysé supra; Google+ apparaît comme le levier d'intégration sociale de l'ensemble des services et contenus web de Google.
Ce qui est important et frappant, c'est la capacité intrinsèquement intégrative de Google+, et la socialisation qu'elle apporte, par elle même, à toute fonctionnalité ou service pré-existant et associé. Circles donne à Gmail une dimension puissamment sociale que la messagerie n'avait pas; sparks donne une dimension sociale à la fonction search, notamment en intégrant les fonctions d'historicisation et de personnalisation de la recherche au service de la recommandation de contenu: un véritable moteur de recherche personnalisé socialement interfacé; hangouts dimensionne socialement à un niveau d'interactivité maximal (plusieurs interlocuteurs simultanés en vidéo HD) une fonctionnalité jusqu'alors réduite de chat-vidéo de Gmail, etc. Et encore n'en sommes-nous qu'aux premiers pas de Google+.
Il est d'ailleurs à souligner que dès le 30 Juin, des développeurs se sont manifestés pour obtenir les API de Google+, afin d'accéder à... son graphe social! 2 jours après la sortie de Google+. Alors même que, pour reprendre les mots de Mark Zuckerberg, le "graphe social" est le cœur de Facebook, à peine lancé, Google est déjà interpellé sur le coeur de sa propre plateforme intégrative sociale: son graphe social. Google va même plus loin en indiquant que son graphe social est à double sens, attendant donc un retour et une implication de la communauté des développeurs. Un signe intéressant à considérer de la potentialité sociale envisagée de la dite plateforme de la part des professionnels du web, et de la volonté d'amplification maximale du graphe social de Google+. Le message envers Facebook ne peut pas être plus clair!
Quoi qu'il en soit, autant on ne peut absolument pas dire que Google+ est une simple "couche sociale", ni même ne retenir que la notion encore trop réductrice de réseau social, autant la notion de plateforme sociale est adaptée pour peu que l'on parle de plateforme sociale intégrative.
Question de mots direz-vous. Oui et non. L'internaute non spécialiste se contentera de la notion de réseau social, et ce sera très bien ainsi, car de fait, il s'y retrouve par rapport à ce qu'il connaît, notamment avec Facebook. Même si, pour les retours d'expérience que l'on enregistre déjà, les internautes sont abasourdis par l'ergonomie et la socialisation très intuitive des contenus qu'elle permet. De tous les contenus.
Les entreprises quant à elles, s'extasient déjà par la voie de certains de leurs représentants, sur la potentialité professionnelle de Google+, sur un argument simple: puisque Circles permet de cloisonner les cercles relationnels, tout en ayant tous les attributs d'un réseau social; puisque des fonctionnalités comme Hangouts permettent d'improviser/organiser des vidéo-conférences de façon spontanée, pratique et intuitive; puisque Sparks peut être utilisé comme un outil de veille intégré optimisé pour l'échange- Google+ constitue un réseau social idéal pour les entreprises! Ce avec quoi, bien évidemment, Facebook ne peut absolument pas rivaliser. Et encore toutes les fonctions ne sont-elles pas encore déployées!!!
Parmi les retours d'expérience, certains professionnels spécialistes du web social comme Loic le Meur ne cessent de s'extasier sur leur page Facebook, le Vendredi 1er Juillet au matin, sur le potentiel social de Google+ et s'avancent même, à très juste titre de notre point de vue, sur le positionnement de Google en tant que concurrent direct de Facebook. Extraits:
No comment!
Gageons que très vite, les fonctionnalités comme l'architecture de Google+ amèneront l'internaute non professionel à concevoir qu'il y a bien plus qu'un réseau. ce que nous nommons, à l'adresse des spécialistes cette fois, une plateforme sociale intégrative, pour la distinguer de la simple plateforme de développement et de déploiement social.
Google+ joue un double rôle d'intégration et de déploiement social. De notre point de vue, c'est certainement ce qui fait que Google+ n'a plus rien à voir avec Buzz ou Wave, ou avec un quelconque réseau social. C'est aussi ce qui le distingue fondamentalement de Facebook. Avec Google+, via Circles, Sparks, le "data liberation" (accessible dans les paramètres), les contenus deviennent sociaux de façon native.
Comprenez qu'un contenu n'a pas besoin d'être pris "ailleurs" que dans l'environnement web de Google+ pour être socialisé. Le contenu est déjà présent dans Google+ par le jeu des centres d'intérêts et du search intégré, outre toutes les data de l'internaute appelées à partir des autres applications web de Google (dans une extension qui reste encore à explorer totalement), et, par le jeu des circles, il est nativement socialisé.
Nous n'avons pas encore vu trace d'un projet d'exploitation de Google Reader tel qu'intégré à Google+. Mais on peut là aussi aisément imaginer que la chose est dans les cartons de Google; et on concevra également la façon dont la plateforme sociale intégrative qu'est Google+ permettra de pousser du contenu support d'interactions sociales. Le moins que l'on puisse dire est que l'amplification va être colossale! Grâce au modèle auquel répond Google+, et nous nous répétons: rendre les contenus nativement sociaux, rendre les interactions nativement et intuitivement sociales, grâce à la double dimension d'intégration et de propulsion de la plateforme sociale intégrative.
Si on pousse le raisonnement à l'extrême: avec Facebook, il faut aller chercher "à l'extérieur" de Facebook les contenus à partager; avec Google+, l'univers du web "intégré" par Google via le search, les web applications et services est "nativement intégré" à Google+, à partir duquel il peut être immédiatement partagé, interagi, échangé. Le contenu est devenu originellement social et support d'interactions.
Nous le disions, ce n'est pas une image que de parler d'un modèle de web social absolument inédit. Encore moins de parler d'une révolution du web social, les "réseaux sociaux", dans la forme que nous leur connaissons, devenant non pas obsolètes, mais beaucoup moins complets, intrinsèquement, le contenu de la socialisation (des échanges) étant pris à l'extérieur.
Pour le dire différemment, Google+ est une architecture sociale intégrative et de déploiement autour de contenus nativement sociaux. Cette double dimension est, a priori, un atout déterminant pour la pérennité de ce projet, concernant le basculement majeur, et sans doute irréversible et crucial de Google dans un Web Social qu'il n'a pas seulement rejoint, mais ni plus ni moins redéfini.
La question de la démultiplication des réseaux sociaux
Par un singulier hoquet de l'histoire, le lendemain du lancement de Google+, MySpace annonçait son rachat pour 35 Millions de Dollars, soit une dévalorisation vertigineuse au regard des 580 millions initiaux. On rappellera utilement que Facebook n'est pas pour rien dans ce naufrage, qui verra cette année ses recettes publicitaires atteindre plus de 4 milliards de dollars. L'analyse d'un proche de Mark Zuckerberg, lucide, pour expliquer cette chute tient en quelques mots: "Ils n'ont pas su faire évoluer le produit".
Retour donc à la question de la coexistence de Google+ avec les autres réseaux sociaux. Visiblement, des géants peuvent s'affaiblir en un temps record, comme c'est le cas pour MySpace. Twitter a su, depuis quelque temps, mener une réflexion sur son propre réseau qui l'a conduit à optimiser son interface, racheter les clients Twitter captant une partie de son potentiel économique, reconquérir son audience et donner une réalité à des comptes "fantômes", et renforcer sa position de façon probante (voir notre article: "Twitter, un réseau social qui vaut de l'or"). Facebook, comme nous le montrerons dans la seconde partie de ce dossier, est extrêmement actif tant sur le plan de son identité et produit en tant que réseau social N°1 au monde, mais aussi comme acteur de l'IT, comme poids lourd du web sous le rapport des recettes publicitaires, etc. D'où le face à face actuel avec Google.
Certains ont donc ironisé dans la presse, avec un humour dont nous délectons au demeurant, au sujet des conséquences pour les internautes de cette démultiplication des réseaux sociaux, sur le mode "Google+, un vrai plus ou un réseau social de plus?" la question se posant en effet de savoir si les internautes vont encore savoir où donner de la tête en matière de réseaux sociaux face à l'explosion de l'offre. Tel est le cas de Vidberg dans sa BD parue sur son blog du Monde le 30 Juin.
Notre conviction profonde, compte-tenu de tout ce qui précède, est que Google+ dispose exactement de tous les atouts qu'il fallait pour devenir très vite, rien qu'en raison de la surface totale actuelle de Google et à son modèle de développement web, un réseau social majeur, dont le vrai et sans doute unique rival, à l'échelle, est en réalité Facebook. Google avait raté le virage du web social, mais avait vu avant tout le monde dans certains cas, et très tôt dans d'autres, l'importance des web applications (Gmail, Google docs, Picasa, Reader, Google Map, etc.), des plateformes de contenu et d'échange web (Youtube), des médias sociaux (Youtube, Blogger). Comme plateforme sociale intégrative, Google+ n'est pas un réseau de plus, mais le prolongement naturel, intuitif, organique, de l'ensemble de ces services et médias. Dès lors, les internautes ne vont pas se demander s'ils doivent choisir. Il vont tout naturellement utiliser Google+ comme le prolongement de leur expérience web de l'univers de Google. Et puisque cette expérience doit être, c'est une attente que Facebook a créée, sociale, Google+ est la réponse sociale à une attente sociale (partage/interactions).
Le buzz autour de Google+ est significatif. Les premiers retours d'expérience aussi. Mais si l'on regarde plus loin, et si l'on considère les raisons de fond, les internautes adopteront de notre point de vue d'autant plus facilement Google+ comme "réseau social", si l'on veut conserver ce terme (là où nous préférons la notion de "plateforme sociale intégrative"), que leur expérience du web va y être intégralement globalisée et intégrée, y compris socialement. Et surtout que leur vie réelle et sociale va être facilitée et portée par l'utilisation de cette plateforme. Rappelez-vous la phrase d'annonce sur laquelle nous nous sommes arrêtés: "Real-life sharing, rethought for the web"... Google nous propose ni plus ni moins de faciliter notre relation au monde et nos relations sociales à travers l'expérience web organique et intuitive permis par Google+.
C'est très simple sur le fond. Et savoir faire simple; intuitif, évident, pratique, utile, gratuit pour l'utilisateur, et donc immédiatement adoptable, est l'une des compétences de Google. Il ne s'agit pas de Google mania, mais de la seule explication qui tienne de la construction en 13 ans d'un géant du web que cette entreprise est devenue.
Accessoirement, de très nombreux réseaux sociaux vont devoir de toute urgence repenser leur produit et leur stratégie sous peine qu'un sort comparable à celui de MySpace ne leur soit réservé. Car il est évident que Google+ va faire des dommages collatéraux dans le web social. Nul n'est besoin d'être prophète pour l'envisager plus que sérieusement.
Cette fois-ci, il semble bien que Google, avec Google+, ait vraiment réussi son virage et son basculement social, en s'imposant d'emblée non pas comme un challenger du web social face à Facebook, mais comme le géant qu'il est, capitalisant toute son expertise et sa surface web, pour les projeter dans une architecture sociale en créant un point de bascule de l'expérience sociale sur le web. Aucun concurrent ne pouvait se positionner de la sorte. L'avenir dira si Google est à même d'exploiter la potentialité de ce modèle, et comment Facebook et Google coexisteront, comme les deux titans du web qu'il sont, avec la dynamique de croissance qui est la leur.
Qu'il nous soit permis en introduction de vous faire part de la genèse de ce billet. Car elle est révélatrice des enjeux du sujet.
Il y a un peu plus de 72 heures, un billet destiné à ce blog était en cours de finalisation, dans lequel nous vous invitions à une réflexion sur le véritable combat auquel se livrent plus ou moins frontalement Google et Facebook depuis maintenant quelques années. Pourquoi ce sujet? Tout simplement parce qu'il y avait quelque chose de singulier à voir Google et Facebook à la fois se défier et s'éviter de façon aussi manifeste. Et l'on était fondé à se demander de quelles armes chacun des deux géants du web disposait à la fois pour perpétuer son propre modèle; pour ne pas pâtir de la montée en puissance de son concurrent; pour ne pas laisser, sur un plan stratégique, un quelconque champ libre que l'adversaire n'aurait pas manqué de transformer sans délai en territoire conquis et de valoriser immédiatement sur le plan économique; pour consolider son positionnement de géant du web, émettant ainsi un message important sur le plan financier; pour conserver son propre potentiel et sa dynamique de croissance.
Il s'agissait donc, dans ce combat entre Google et Facebook, de caractériser et évaluer les forces en présence. Pour apprécier sous quels rapports les deux géants étaient susceptible de se mesurer, et décrypter peut-être qui allait l'emporter. Non que l'on puisse raisonnablement penser que l'un élimine l'autre, tant le coeur de métier des deux entreprises est différent malgré les multiples passerelles. D'autant plus que le Web peut parfaitement voir coexister deux acteurs de cette taille. A supposer que chacun explore et valorise sa propre expertise, tout en ne cédant rien à l'autre sur l'un des terrains clés du web: le terrain social, puisque le web est devenu web social. La chose était évidente pour Facebook, elle semblait faire davantage question pour Google. L'emporter signifiait donc davantage réussir à puiser dans son propre modèle les ressources de sa propre croissance. L'emporter contre (et avec) soi-même pour ne pas être distancé par le concurrent.
L'enjeu donc de ce billet initialement prévu n'étant rien moins, d'une certaine façon, que l'appréciation des potentialités de Google et de Facebook, susceptibles de leur permettre de revendiquer une éventuelle suprématie sur le web.
Il y avait déjà matière. Matière à comprendre que c'est à un authentique face à face, à un affrontement titanesque, mais dont l'internaute est à l'évidence le grand bénéficiaire, que les deux géants se destinaient, chacun montrant ses muscles, notamment, à coup de centaines de millions, voire à tutoyer le milliard de visiteurs uniques ou actifs.
Voilà ce qu'il était prévu d'explorer... Jusqu'à ce qui suit et qui a justifié que nous changions à la fois l'ordre et le contenu de l'analyse.
Google + et le choc frontal Google vs Facebook sur le terrain social, ou quand la réalité rattrape la fiction avec l'émergence d'un nouveau Modèle d'expérience sociale du web
Mais l'actualité nous a rattrapés et dépassés donc. L'actualité de Google, précisément. La réalité étant parfois plus incroyable que la fiction, Nous voulions envisager les conditions d'une confrontation et d'un éventuel choc frontal. Et voilà que ce choc venait de se produire avec le lancement par Google de... Google+ Project.
Voilà qui nous forçait à une relecture complète de la situation, à une nouvelle mise en perspective, et à une accentuation de la portée de notre réflexion initiale. Les cartes semblaient distribuées avec Facebook omniprésent sur le terrain du web social. Google + vient littéralement bousculer cette suprématie, rebattre les cartes du web, conforter sa propre position comme sa dynamique de croissance, en introduisant une nouvelle dimension de l'expérience comme de la réalité du web social. Coup de tonnerre!
Jusqu'ici, nous avions assisté à la croissance comme à la diversification de Google se traduisant par une omniprésence sur le web. Mais il y a un virage que Google semblait avoir raté. Un virage de taille: celui du social. Eric Schmidt, ex CEO de Google ne déclarait-il pas le 1er Juin lors de la conférence D9 du Wall Street Journal, et sans aucune langue de bois: "Nous avons "foiré" le virage du web social"? C'est peu dire. Wave avait été un échec; Google Buzz est presque épisodique; le bouton "+1" n'a pas encore pleinement démontré la pertinence de son graphe social, semblant presque instrumentalisé, à la différence du "like" de Facebook. Le web social restait encore de toute évidence pour Google un territoire à conquérir.
Avec Google +, changement de ton. Google se met en situation de revendiquer une place majeure sur le terrain du web social sur lequel Facebook semblait jusqu'ici devoir régner en maître.
Car Google + n'est ni un gadget social isolé; ni une attractive panoplie d'outils et d'applications web sociaux (ce que certains commentaires donnent à voir); ni un énième réseau social, au moment où le web social compte presque déjà ses morts avec MySpace qui vient d'être vendu, in extremis après s'être effondré en raison de l’ascension fulgurante de Facebook; ni une simple "couche sociale", comme nous avons pu le lire ici ou là depuis 72 heures, donnant à penser, compte-tenu de l'imprécision de la formule, que le projet et les fonctionnalités de Google+ relèvent d'une logique d'empilement; ni même une simple "plateforme sociale", si puissante soit-elle, et même si l'expression est déjà beaucoup plus judicieuse, ce que nous démontrerons ci-après.
Non, Google+ est une véritable révolution dans la relation que nous entretenons avec le web, mais aussi avec le monde, et avec les autres, via le web. Une refondation de l'expérience web de l'internaute qui valorise le partage, l'échange, la socialisation réels. Une synthèse remarquable entre la culture du search, celle des web applications, celle de l'expérience mobile, et le social. Une intégration "par le haut" de la dimension sociale à l'ensemble des services et contenus web que le géant du web n'a cessé d'optimiser depuis 13 ans. Une plateforme sociale mais intégrative, c'est à dire qui incorpore l'ensemble de l'expérience et de l'utilisation web de l'internaute et la projette dans la dimension sociale. Intégrer et propulser socialement tous les contenus, les expériences, avec une augmentation exponentielle de la viralité des partages, une valorisation exponentielle des contenus, voilà la révolution que nous propose Google +. C'est un nouveau graphe social, un changement de paradigme web, une alternative réelle et constituée à Facebook. Captivant!
Si l'on analyse en profondeur, et même avec seulement 72 heures de recul, il est évident qu'on est très loin du simple lancement d'un quelconque réseau social. Google + est un modèle inédit, original, aux potentialités considérables, qui positionne résolument Google comme un acteur majeur d'un web social renouvelé et enrichi.
Google + exacerbe, c'est évident, le face à face de Google et de Facebook, et donne à ce combat une dimension "paroxystique". Nous citerons, dans la deuxième partie de ce dossier, Big Blue, à propos de son aptitude à se renouveler. De toute évidence, Google, du haut de ses 13 ans, alors que Big Blue en a 100, emprunte le même chemin, sur le terrain du web: capitaliser ce qu'il sait faire, et le réinventer en se projetant dans le futur. Avec Google +, Google se projette et nous projette dans une nouvelle dimension du web social. Ce faisant, il n'esquive pas cette fois-ci la confrontation directe avec Facebook, tout en choisissant son terrain. On aurait pu croire que Google était le challenger de Facebook sur le terrain du web social. Notre avis, au regard de la nature et de la portée intrinsèques du projet et de ce que nous en savons déjà, est qu'avec Google +, Google inverse les rôles: l'ampleur de la nouvelle expérience web que Google + inaugure, intègre et dépasse le champ au demeurant remarquablement exploré jusqu'ici par Facebook. Dès lors le challenger pourrait fort bien être... Facebook et non pas Google! Les enjeux sont énormes, sur tous les plans. Et l'on ne peut que se réjouir, en tant qu'observateurs attentifs du web et internautes, d'une confrontation qui, pour l'heure, se traduit par l'enrichissement de notre expérience sociale du web.
Allons donc à la découverte de ce nouveau modèle!
L'annonce et le déploiement en version béta de GOOGLE+ PROJECT: ANALYSE & ENJEUX
L'annonce de Google+ Projet
Ainsi donc Google a-t-il annoncé il y a 3 jours le test en version Béta et pour quelques visiteurs, sur invitation, de Google + Projet - Le projet Google+. En quelques heures, l'information a fait le tour de la planète. Un buzz insensé s'est déployé non seulement autour du projet, mais aussi autour de la recherche d'invitations pour découvrir la nouvelle expérience sociale proposée par la firme de Mountain View, les internautes, professionnels ou non, rivalisant d'ingéniosité pour satisfaire leur curiosité face à un tel évènement (nous en étions!)
Cette actualité est survenue officiellement le 28 Juin 2011 à 10h45 très exactement. Sur le blog officiel de Google. Avec un post de Vic Gundotra, Vice-Président de l'ingénierie chez Google, un ancien de Microsoft passé à Google en 2007, précisément parce qu'il avait vu que "the world (is) changing", devenu un véritable évangéliste et visionnaire du géant du web, une pièce maîtresse de la réflexion stratégique de Google, une véritable star.
Ce n'est pas un hasard si nous rappelons ce point d'histoire du management de Google et la modalité de l'annonce. Car le post de Gundotra annonçant "Google+ Project". Le projet Google+ est une véritable bombe qui vient d'exploser au visage des internautes, des observateurs, des professionnels du web, dont l'onde de choc n'a toujours pas diminué en intensité, bien au contraire, un véritable tsunami déferlant depuis plus de 72 heures sur le web.
Et au même titre que Gundotra avait vu que Microsoft était en train de rater le virage du web, des web applications, de la mobilité; l'ingénieur visionnaire a vu que Facebook a proposé jusqu'ici une expérience sociale sans doute trop étroite, trop "formatée", insuffisamment intuitive, découplant le champ du relationnel virtuel et de la socialisation réelle (malgré les efforts constants de Facebook sur ce terrain), réductrice en termes d'expérience globale du web.
Laissons la parole à Gundotra sur ce point: "We'd like to bring the nuance and richness of the real-life sharing to software. We want to make Google better by including you, your relationships, and your interests. And so begins the Google+ project"
Google+ : Des mots pour dire la refondation du web, la refondation de l'expérience sociale via le web, et l'expérience web de l'internaute.
Arrêtons nous tout d'abord et avant d'entrer dans le détail, sur le titre de l'article de Gundotra, fort instructif: "Introducing the Google+ Project: real-life sharing, rethought for the web".
Google a lui-même traduit ce titre en français par "Découvrez le projet Google+: partagez le web comme vous le vivez".
Qu'il nous soit permis de creuser la formulation, voire d'ergoter un peu sur la traduction, car l'enjeu est gigantesque, et, contrairement à ce que certains commentateurs pensent et disent sur le web, nous ne souscrivons nullement à la thèse d'un buzz savamment orchestré qui viendrait soutenir un produit plus ou moins abouti et surtout, plus ou moins réellement majeur dans le combat qui oppose Google à Facebook.
Nous ne souscrivons pas non plus, et même encore moins, à la thèse ambiguë de la "couche sociale", voire de la "sur-couche sociale" évoquée par tels commentateurs, dont Google aurait paré ses services, et qui constitue une aberration pour ce qui est de caractériser un véritable changement de paradigme pour Google, en tant qu'acteur du web. Nous y reviendrons plus bas dans ce billet.
Les mots donc de l'annonce, presque mot à mot, pour tenter de décrypter les intentions profondes de Google dans ce nouveau projet, sans doute le plus déterminant depuis sa création.
"Découvrez le projet Google+". Pas de difficulté. Mais un indice. Que désigne ce "+". Un "nouveau" Google? Non. Bien plutôt un redimensionnement de Google, dans toute la richesse des services web que nous lui connaissons. Un passage à quelque chose de supérieur, qui n'est pas simplement un "upgrade", mais la projection dans une autre dimension précisément. Mais alors, quelle dimension? Patience... Mais vous devinez déjà...
"Partagez la vie réelle". Là ça devient très intéressant. C'est le cœur de métier de Google la "vie réelle", n'est-ce pas? Un moteur de recherche ça vous parle de contenus biens réels, triés par ordre de pertinence, relatifs à un monde bien réel. Ce dernier fut-il envisagé sous le prisme de sa représentation virtuelle dans un univers de liens à travers une toile, la réalité se trouvant par le fait même déjà augmentée. C'est la définition du web!
Google revendique donc avec Google+ son expertise essentielle, la pertinence, associée à un monde réel; et son ancrage web définitif. Géant du web il est, géant du web il restera, mais avec une emprise directe et efficace sur le monde réel, via la pertinence. La pertinence que l'on trouve dans le moteur lui-même, mais aussi dans tous les services de Google, quels qu'ils soient, et quel que soit le type de contenu auquel cette recherche de pertinence puisse être associée.
Mais Google nous donne la clé: "sharing". "Partagez". Nous y voilà! Partager la vie réelle, c'est entrer de plain-pied dans la dimension sociale. Le message est lumineux! Avec le projet Google+, Google entend nous permettre de projeter un web intelligent (celui de la pertinence, vous vous souvenez?) et protéiforme (toutes les expériences du web permises par les web applications, les sources de contenu, les supports web mobiles - c'est à dire l'ensemble de l'offre de Google) dans une dimension sociale, dont on se doute bien, connaissant Google, qu'elle sera très intuitive, très ergonomique, et très pertinente.
Le social pour potentialiser le réel. Le réel augmenté par la socialisation. rien que ça! Toute l'offre web de Google, en prise avec le réel, et sous emprise de l'internaute, valorisée par le social. Social qui cesse du coup d'être une simple "couche" rapportée, pour devenir organique et partie intégrante de l'écosystème web de Google. Une révolution, nous l'avons dit.
Tous éléments confirmés par les premières informations fournies par Gundotra, et qui sautent aux yeux de l'internaute dès lors qu'il a Google+ au bout de son clavier (si vous ne l'avez pas encore, patience, ça devrait venir vite à notre avis ;-)
Les fonctionnalités de Google+
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Les "circles", ces cercles qui permettent d'organiser vos contacts, vos relations, de façon absolument intuitive par "drag and drop", en répondant à votre propre nomenclature, celle qui correspond à vos cercles relationnels réels, dans la vie réelle... ou virtuelle!
Mais aussi les "sparks", ces déclics, autant de centres d'intérêts (des contenus) qui vont représenter des pôles de constitution de communautés d'autant plus actives et favorisant l'engagement qu'elles s'enracinent dans la vie réelle (on part de la technologie du "search", il ne faut jamais l'oublier!).
Ou encore "Hangouts", les vidéo-bulles, un chat-vidéo HD multi-utilisateurs qui permet de retrouver des communautés réelles pour des échanges "spontanés".
Ou encore "Huddle", un chat en groupe pour mobile qui permet, en s'appuyant sur les "circles", de définir, avec telle ou telle de ses communautés réelles, d'organiser un évènement de façon rapide (sortie restaurant, cinéma, etc.).
Ou encore "Instant upload", qui permet de partager en temps réel, avec un upload automatique dans votre web album, les photos que vous prenez avec votre mobile.
Résumons-nous: Google entend capitaliser son expertise: la pertinence, telle que rattachée à la vie réelle; en l'intégrant à une dimension sociale: le partage. D'où l'annonce de Gundotra "Partagez la vie réelle".
Les circles (cercles), sparks (déclics), hangouts (chat-vidéo multi-utilisateurs), Huddle (chat thématique en groupe), "Instant upload" étant autant de modalités d'intégration de contenu dans une dimension sociale, le contenu, hautement pertinent pour l'internaute, devenant le support d'un ensemble d'interactions sociales personnalisées très ciblées, par définition.
Le contenu sert de support au partage ainsi qu'à la personnalisation sociale. Il peut en être le point de départ (Sparks/Déclics). Et inversement, la pertinence organisée (par l'internaute) de ses propres communautés (Circles), permet une exploration/exploitation du contenu à haute valeur ajoutée sociale (plus d'interactions sociales; plus d'engagement). Le système est à double entrée. On peut partir du contenu pour "appeler" le social; ou bien, on peut partir du social (les cercles et communautés), pour interagir autour d'un contenu.
L'une des grandes forces de Google+ est de rendre cette double démarche que nous avons "modélisée" pour les besoins de l'analyse, extrêmement intuitive grâce à une interface très ergonomique et multiplateformes, puisque codée en html/javasript. Exit donc les éventuels freins dus à des problèmes de navigateurs. Pas avec cette double entrée. Pas avec cette facilité de création de ses propres communautés.
Mais il nous reste à examiner la fin de l'annonce de Gundotra: "rethought for the web". "Repensé pour le web". Qu'est-ce à dire? La première interprétation est évidente et découle de ce qui précède: le partage de la vie réelle doit être aussi simple, évident, intuitif, que le sont les échanges et tout le contenu de la socialisation dans la vie réelle. Ici, la socialisation de Google+ passe par l'ergonomie. Ce n'est pas une mince option, là ou bon nombre d'interfaces web pourtant "sociales" semblent rencontrer de vraies difficultés avec l'ergonomie. Et puisque ce billet nous amène à nous pencher sur le face à face Google vs Facebook, il n'est que de voir la façon dont Facebook ne cesse de modifier non pas seulement ses fonctionnalités, mais l'ergonomie de son interface pour être convaincu que web social doit impérativement rimer avec exploitation intuitive. Voilà pour le premier niveau d'analyse.
Reste que si l'on s'en tient à cela concernant Google+, à savoir de nouvelles fonctionnalités, certes originales et fort pratiques, et une excellente ergonomie, on risque fort de passer à côté de ce que cette avancée représente. C'est en analysant ainsi que certains parlent, de notre point de vue à tort, d'une "couche sociale", ou d'une "surcouche sociale".
Or Google+ représente beaucoup plus que cela!
Repartons des mots de l'annonce. "Introducing the Google+ Project: Real-life sharing, rethought for the web". Le site même de Google propose comme traduction "Partagez le web comme vous le vivez". Le traducteur a pris des libertés qui ne sont pas minces. car le vrai sens de la phrase est, littéralement; "partagez la vie réelle, repensée pour le web". Ce qui n'est pas du tout la même chose! En effet, l'intention de Gundotra était, au regard de la nature même de ce qu'est Google+, de pointer le fait qu'à travers ce que nous commencerons par nommer, temporairement, cette "plateforme sociale", par distinction d'avec la notion de "couche sociale", Google invite les internautes à déployer une interactivité réelle, ancrée dans la vie réelle, autour des communautés et des centres d'intérêts réels, au moyen d'une expérience web totalement repensée, parce que profondément sociale.
Tout le dispositif de Google+ n'est rien d'autre que la lecture faite par Google d'une vie réelle, d'interactions réelles, d'échanges protéiformes réels, permis et enrichis par la socialisation constitutive de cette nouvelle expérience web. C'est toute l'expérience du web qui est repensée. Et cette véritable refonte sociale du web version Google inaugure une augmentation de l'expérience sociale réelle.
On part de cette refonte du web et son dimensionnement social, pour permettre, par un nouveau type d'expérience des internautes, une valorisation des interactions réelles.
D'un mot, il ne s'agit pas de "partager le web comme on le vit", comme le propose l'inadéquate traduction en français, mais de "partager la vie authentique différemment, grâce à une expérience web repensée". L'inversion de perspective est totale!
Ce qui ouvre la porte à de multiples réflexions:
Google+ n'est ni une "couche sociale", ni même seulement une "plateforme sociale", ni certainement un nouveau "réseau social"
Depuis le 28/06 donc, on trouve tour à tour, selon les billets de blog, papiers, articles web, telle ou telle de ces expressions. Au vu de ce qui précède, un tri s'impose. Comme la nécessité de mettre les bons mots sur les réalités.
Google+ n'est pas une "couche sociale"
On doit d'emblée éliminer la notion de "couche sociale" qui est de notre point de vue un contre-sens sur la nature et la portée de Google+.
La notion de "couche" connote un empilement des fonctionnalités. On "surcoucherait" le moteur Google et les différents services avec de nouvelles fonctionnalités plus ou moins intégrées. Or comme nous l'avons démontré, Google a ni plus ni moins pris le parti de refondre complètement l'expérience web de l'internaute en la faisant entrer dans la dimension sociale pour augmenter les interactions de la vie réelle. Intégration n'est pas "surcouchage". Il n'y a aucun gadget dans Google+. Circles, Sparks, Hangouts, Huddle, sont autant de forme d'expérience web modifiant et venant intégrer les fonctions, services et marqueurs sociaux de Google (du search à +1 en passant par le fait que désormais, la porte d'entrée est le "you" situé en haut à gauche de la nouvelle page, personnalisée à l'extrême, par opposition à l'anonymat de la page d'accueil du moteur, et bien au-delà de iGoogle), au service des interactions sociales réelles.
Autre signe de cette inversion de perspective et du fait que l'on n'est pas en présence d'une "couche sociale": depuis 72 heures, simultanément d'avec le lancement de Google+, chacun a pu constater que la page d'accueil de Google s'est dotée d'un bandeau noir en haut de page. Détail? En rien! Google donne à penser que c'est l'ensemble de l'expérience web, l'ensemble des services, qui vont peu à peu être intégrés à cette socialisation.
Plusieurs faits viennent encore accréditer cette thèse de la mutation sociale radicale de Google dont Google+ devient l'incarnation. D'une part, Google ne cesse, depuis quelques mois, d'introduire des composantes sociales: le Bouton +1; la socialisation des résultats du moteur désormais entérinée et intégrée à l'algorithme (avec les difficultés que cela soulève), le rachat début Juin de Postrank, et l'irruption de l'analytique sociale, cet outil permettant la veille de la façon dont les contenus sont échangés et interagis sur les réseaux sociaux, l'engagement étant mesuré, et traduit, par exemple pour la gestion de la pertinence des posts restitués par les flux RSS intégrés à Google Reader.
Tout se passe comme si ces diverses avancées convergentes sous le rapport du web social, avaient balisé et préparé le terrain pour un basculement social de Google, et de l'ensemble de l'expérience de l'internaute. Si l'avenir nous dira si c'est une réussite ou un échec, le fait demeure que Google a bel et bien pris, avec Google+, un virage social déterminant et absolument inédit, dont il constitue le point de bascule originel et l'environnement. On est très loin de la "couche sociale".
Voudrait-on maintenir l'expression de "couche sociale", comme on parle par exemple d'une "couche logicielle" au sens informatique que l'on commettrait la même erreur d'analyse. Une couche logicielle répond à une logiquement de superposition des composants (et donc des fonctions), des plus génériques aux plus spécifiques, pour répondre aux besoins de traitement de l'information. Pour être "superposées" ces couches renvoient à une spécification des fonctions. Or Google+ ne vient pas se "superposer" comme filtre social (même très élaboré) en ne faisant qu'ajouter des fonctions différenciées (Circles, Sparks, Hangouts, Huddle). Il crée un environnement spécifiquement social pour traiter l'ensemble des contenus préexistants, et en faire le support d'une socialisation (partage/échange/interactions). Google+ est une "architecture sociale" en soi, et pas une composante ou une "couche sociale" de plus.
Google+ est-il un nouveau réseau social?
Certains se posent, à juste titre, la question. Tout en soulignant que Google viendrait ainsi de se positionner avec Google+ en concurrent direct de Facebook.
Commençons ... par la fin. Tout d'abord, Google, non sans malice a nié se porter concurrent de Facebook. Laissons de côté la part de communication pour nous concentrer sur l'essentiel: Facebook n'a, à analyser les propos de ses représentants officiels, pas plus envie de devenir un moteur de recherche, un opérateur de web applications, tout en entendant bien utiliser à plein les potentialités de son propre graphe social; que Google n'a envie de devenir un réseau social en niant son identité de search, d'opérateur de web applications et de pourvoyeur de services et contenus web, tout en entendant bien ne pas rester en panne sur le plan du web social.
Le coeur de métier n'est pas le même. En ce sens, Google n'est pas un concurrent direct de Facebook. Sauf que... Sauf que la mutation accélérée du web en web social, c'est à dire en web structuré autour de médias qui permettent le déploiement de relations, de réseaux, de communautés qui sont autant de pôles d'interactions et d'engagement, rend de facto un spécialiste comme Google, fut-il très diversifié dans son offre web, vulnérable sur le plan économique en général et publicitaire en particulier, s'il ne crée pas une présence web sociale structurée, et support d'interactions.
D'où les multiples efforts et avancées de Google sur le terrain social que nous avons décrites, pour ne pas laisser le champ libre à Facebook, prêt à "croquer" la planète, fort de son graphe social et de ses 750 millions actuels d'utilisateurs. Mais la présence de Google sur le terrain proprement social demeurait trop diffuse.
En somme, Google n'avait quasiment pas le choix, l'alternative initiale se présentant à lui étant la suivante: ne pas densifier et structurer sa présence sociale sur le web, et laisser un boulevard ouvert à Facebook pour capter la manne publicitaire, via la diversification de sa propre offre et compte-tenu de sa propre surface d'exposition, colossale; ou retenir l'option de la constitution d'un énième réseau social alternatif à Facebook et challenger ce dernier, mais sans doute au détriment de son coeur de métier, de sa propre expertise de search et web, capitalisée depuis 13 ans avec des efforts gigantesques de R & D et une politique d'acquisition extrêmement active, et en accusant d'emblée un retard inévitable.
Google devait échapper à cette alternative pénalisante quel que soit le cas de figure. Dès lors, le géant n'avait en réalité qu'une seule solution devant se déployer à deux niveaux:
1) conserver son identité d'acteur majeur du web, dont le socle est constitué par le search, les web applications, et la diffusion/partage de contenus web, outre le domaine mobile et les applications associées
2) Simultanément, procéder à une intégration à la fois "par le haut" et transversale du social, c'est à dire socialiser de façon structurée l'ensemble de l'expérience des internautes en entrant par les web applications, la porte d'entrée, Circles, étant somme toute une web application intégrative ouvrant sur le champ social de Google+. De la sorte, loin de rajouter une "couche sociale", Google se donnait les moyens de conserver et valoriser tout son actif de search et web; de donner très rapidement à la dimension sociale un caractère organique par rapport à l'ensemble de son offre de services, applications et contenus web, offre mobile.
Google+ n'est rien d'autre que cette intégration sociale transversale de Google en tant que search, opérateur de web applications, pourvoyeur de contenus web partagés, opérateur mobile, Google+ en étant sans doute encore à un premier stade de développement, riche de potentialités sociales et intégratives encore plus avancées. On ne saurait parler de réseau social au sens strict, cette désignation se révélant sans nul doute trop réductrice. Mais on ne peut nier que l'architecture comme l'aptitude de cette interface à "pousser" puissamment à la socialisation sous de multiples formes, à générer connexions et communautés, partage néanmoins avec les réseaux sociaux stricto sensu certaines de leurs propriétés fondamentales.
Google+ : une "plateforme sociale"? ou une "plateforme sociale intégrative" avec des "contenus nativement sociaux"
Si le terme "plateforme" désigne une architecture à partir de laquelle on peut développer et déployer un ensemble de fonctionnalité spécifiques, alors, il n'est pas aberrant de parler de "plateforme sociale", comme nous avons pu le lire sur tels ou tels blogs. En effet, Google+ apparaît de toute évidence comme un espace web proprement social à partir duquel des fonctionnalités sociales (celles décrites supra) sont déployées.
Mais, et ce mais est de taille, on donne alors à penser avec cette terminologie, que cette "plateforme sociale" se suffirait à elle-même. Ne se distinguant alors qu'à grand peine d'un réseau social. Alors que, de toute évidence, et comme nous l'avons analysé supra; Google+ apparaît comme le levier d'intégration sociale de l'ensemble des services et contenus web de Google.
Ce qui est important et frappant, c'est la capacité intrinsèquement intégrative de Google+, et la socialisation qu'elle apporte, par elle même, à toute fonctionnalité ou service pré-existant et associé. Circles donne à Gmail une dimension puissamment sociale que la messagerie n'avait pas; sparks donne une dimension sociale à la fonction search, notamment en intégrant les fonctions d'historicisation et de personnalisation de la recherche au service de la recommandation de contenu: un véritable moteur de recherche personnalisé socialement interfacé; hangouts dimensionne socialement à un niveau d'interactivité maximal (plusieurs interlocuteurs simultanés en vidéo HD) une fonctionnalité jusqu'alors réduite de chat-vidéo de Gmail, etc. Et encore n'en sommes-nous qu'aux premiers pas de Google+.
Il est d'ailleurs à souligner que dès le 30 Juin, des développeurs se sont manifestés pour obtenir les API de Google+, afin d'accéder à... son graphe social! 2 jours après la sortie de Google+. Alors même que, pour reprendre les mots de Mark Zuckerberg, le "graphe social" est le cœur de Facebook, à peine lancé, Google est déjà interpellé sur le coeur de sa propre plateforme intégrative sociale: son graphe social. Google va même plus loin en indiquant que son graphe social est à double sens, attendant donc un retour et une implication de la communauté des développeurs. Un signe intéressant à considérer de la potentialité sociale envisagée de la dite plateforme de la part des professionnels du web, et de la volonté d'amplification maximale du graphe social de Google+. Le message envers Facebook ne peut pas être plus clair!
Quoi qu'il en soit, autant on ne peut absolument pas dire que Google+ est une simple "couche sociale", ni même ne retenir que la notion encore trop réductrice de réseau social, autant la notion de plateforme sociale est adaptée pour peu que l'on parle de plateforme sociale intégrative.
Question de mots direz-vous. Oui et non. L'internaute non spécialiste se contentera de la notion de réseau social, et ce sera très bien ainsi, car de fait, il s'y retrouve par rapport à ce qu'il connaît, notamment avec Facebook. Même si, pour les retours d'expérience que l'on enregistre déjà, les internautes sont abasourdis par l'ergonomie et la socialisation très intuitive des contenus qu'elle permet. De tous les contenus.
Les entreprises quant à elles, s'extasient déjà par la voie de certains de leurs représentants, sur la potentialité professionnelle de Google+, sur un argument simple: puisque Circles permet de cloisonner les cercles relationnels, tout en ayant tous les attributs d'un réseau social; puisque des fonctionnalités comme Hangouts permettent d'improviser/organiser des vidéo-conférences de façon spontanée, pratique et intuitive; puisque Sparks peut être utilisé comme un outil de veille intégré optimisé pour l'échange- Google+ constitue un réseau social idéal pour les entreprises! Ce avec quoi, bien évidemment, Facebook ne peut absolument pas rivaliser. Et encore toutes les fonctions ne sont-elles pas encore déployées!!!
Parmi les retours d'expérience, certains professionnels spécialistes du web social comme Loic le Meur ne cessent de s'extasier sur leur page Facebook, le Vendredi 1er Juillet au matin, sur le potentiel social de Google+ et s'avancent même, à très juste titre de notre point de vue, sur le positionnement de Google en tant que concurrent direct de Facebook. Extraits:
"on Google + you can get all your data back, pics, etc, it's "data liberation" in settings. That is a huge win over Facebook. Game is on."
"I'm doing a Google+ hangout, it's awesome"
"okay, I'm more and more impressed by Google +, I think it's a real competitor to Facebook in the making."
No comment!
Gageons que très vite, les fonctionnalités comme l'architecture de Google+ amèneront l'internaute non professionel à concevoir qu'il y a bien plus qu'un réseau. ce que nous nommons, à l'adresse des spécialistes cette fois, une plateforme sociale intégrative, pour la distinguer de la simple plateforme de développement et de déploiement social.
Google+ joue un double rôle d'intégration et de déploiement social. De notre point de vue, c'est certainement ce qui fait que Google+ n'a plus rien à voir avec Buzz ou Wave, ou avec un quelconque réseau social. C'est aussi ce qui le distingue fondamentalement de Facebook. Avec Google+, via Circles, Sparks, le "data liberation" (accessible dans les paramètres), les contenus deviennent sociaux de façon native.
Comprenez qu'un contenu n'a pas besoin d'être pris "ailleurs" que dans l'environnement web de Google+ pour être socialisé. Le contenu est déjà présent dans Google+ par le jeu des centres d'intérêts et du search intégré, outre toutes les data de l'internaute appelées à partir des autres applications web de Google (dans une extension qui reste encore à explorer totalement), et, par le jeu des circles, il est nativement socialisé.
Nous n'avons pas encore vu trace d'un projet d'exploitation de Google Reader tel qu'intégré à Google+. Mais on peut là aussi aisément imaginer que la chose est dans les cartons de Google; et on concevra également la façon dont la plateforme sociale intégrative qu'est Google+ permettra de pousser du contenu support d'interactions sociales. Le moins que l'on puisse dire est que l'amplification va être colossale! Grâce au modèle auquel répond Google+, et nous nous répétons: rendre les contenus nativement sociaux, rendre les interactions nativement et intuitivement sociales, grâce à la double dimension d'intégration et de propulsion de la plateforme sociale intégrative.
Si on pousse le raisonnement à l'extrême: avec Facebook, il faut aller chercher "à l'extérieur" de Facebook les contenus à partager; avec Google+, l'univers du web "intégré" par Google via le search, les web applications et services est "nativement intégré" à Google+, à partir duquel il peut être immédiatement partagé, interagi, échangé. Le contenu est devenu originellement social et support d'interactions.
Nous le disions, ce n'est pas une image que de parler d'un modèle de web social absolument inédit. Encore moins de parler d'une révolution du web social, les "réseaux sociaux", dans la forme que nous leur connaissons, devenant non pas obsolètes, mais beaucoup moins complets, intrinsèquement, le contenu de la socialisation (des échanges) étant pris à l'extérieur.
Pour le dire différemment, Google+ est une architecture sociale intégrative et de déploiement autour de contenus nativement sociaux. Cette double dimension est, a priori, un atout déterminant pour la pérennité de ce projet, concernant le basculement majeur, et sans doute irréversible et crucial de Google dans un Web Social qu'il n'a pas seulement rejoint, mais ni plus ni moins redéfini.
La question de la démultiplication des réseaux sociaux
Par un singulier hoquet de l'histoire, le lendemain du lancement de Google+, MySpace annonçait son rachat pour 35 Millions de Dollars, soit une dévalorisation vertigineuse au regard des 580 millions initiaux. On rappellera utilement que Facebook n'est pas pour rien dans ce naufrage, qui verra cette année ses recettes publicitaires atteindre plus de 4 milliards de dollars. L'analyse d'un proche de Mark Zuckerberg, lucide, pour expliquer cette chute tient en quelques mots: "Ils n'ont pas su faire évoluer le produit".
Retour donc à la question de la coexistence de Google+ avec les autres réseaux sociaux. Visiblement, des géants peuvent s'affaiblir en un temps record, comme c'est le cas pour MySpace. Twitter a su, depuis quelque temps, mener une réflexion sur son propre réseau qui l'a conduit à optimiser son interface, racheter les clients Twitter captant une partie de son potentiel économique, reconquérir son audience et donner une réalité à des comptes "fantômes", et renforcer sa position de façon probante (voir notre article: "Twitter, un réseau social qui vaut de l'or"). Facebook, comme nous le montrerons dans la seconde partie de ce dossier, est extrêmement actif tant sur le plan de son identité et produit en tant que réseau social N°1 au monde, mais aussi comme acteur de l'IT, comme poids lourd du web sous le rapport des recettes publicitaires, etc. D'où le face à face actuel avec Google.
Certains ont donc ironisé dans la presse, avec un humour dont nous délectons au demeurant, au sujet des conséquences pour les internautes de cette démultiplication des réseaux sociaux, sur le mode "Google+, un vrai plus ou un réseau social de plus?" la question se posant en effet de savoir si les internautes vont encore savoir où donner de la tête en matière de réseaux sociaux face à l'explosion de l'offre. Tel est le cas de Vidberg dans sa BD parue sur son blog du Monde le 30 Juin.
Capture d'écran du blog de Vidberg sur Lemonde.fr. Cliquer sur l'image pour accéder à l'original
Notre conviction profonde, compte-tenu de tout ce qui précède, est que Google+ dispose exactement de tous les atouts qu'il fallait pour devenir très vite, rien qu'en raison de la surface totale actuelle de Google et à son modèle de développement web, un réseau social majeur, dont le vrai et sans doute unique rival, à l'échelle, est en réalité Facebook. Google avait raté le virage du web social, mais avait vu avant tout le monde dans certains cas, et très tôt dans d'autres, l'importance des web applications (Gmail, Google docs, Picasa, Reader, Google Map, etc.), des plateformes de contenu et d'échange web (Youtube), des médias sociaux (Youtube, Blogger). Comme plateforme sociale intégrative, Google+ n'est pas un réseau de plus, mais le prolongement naturel, intuitif, organique, de l'ensemble de ces services et médias. Dès lors, les internautes ne vont pas se demander s'ils doivent choisir. Il vont tout naturellement utiliser Google+ comme le prolongement de leur expérience web de l'univers de Google. Et puisque cette expérience doit être, c'est une attente que Facebook a créée, sociale, Google+ est la réponse sociale à une attente sociale (partage/interactions).
Le buzz autour de Google+ est significatif. Les premiers retours d'expérience aussi. Mais si l'on regarde plus loin, et si l'on considère les raisons de fond, les internautes adopteront de notre point de vue d'autant plus facilement Google+ comme "réseau social", si l'on veut conserver ce terme (là où nous préférons la notion de "plateforme sociale intégrative"), que leur expérience du web va y être intégralement globalisée et intégrée, y compris socialement. Et surtout que leur vie réelle et sociale va être facilitée et portée par l'utilisation de cette plateforme. Rappelez-vous la phrase d'annonce sur laquelle nous nous sommes arrêtés: "Real-life sharing, rethought for the web"... Google nous propose ni plus ni moins de faciliter notre relation au monde et nos relations sociales à travers l'expérience web organique et intuitive permis par Google+.
C'est très simple sur le fond. Et savoir faire simple; intuitif, évident, pratique, utile, gratuit pour l'utilisateur, et donc immédiatement adoptable, est l'une des compétences de Google. Il ne s'agit pas de Google mania, mais de la seule explication qui tienne de la construction en 13 ans d'un géant du web que cette entreprise est devenue.
Accessoirement, de très nombreux réseaux sociaux vont devoir de toute urgence repenser leur produit et leur stratégie sous peine qu'un sort comparable à celui de MySpace ne leur soit réservé. Car il est évident que Google+ va faire des dommages collatéraux dans le web social. Nul n'est besoin d'être prophète pour l'envisager plus que sérieusement.
Cette fois-ci, il semble bien que Google, avec Google+, ait vraiment réussi son virage et son basculement social, en s'imposant d'emblée non pas comme un challenger du web social face à Facebook, mais comme le géant qu'il est, capitalisant toute son expertise et sa surface web, pour les projeter dans une architecture sociale en créant un point de bascule de l'expérience sociale sur le web. Aucun concurrent ne pouvait se positionner de la sorte. L'avenir dira si Google est à même d'exploiter la potentialité de ce modèle, et comment Facebook et Google coexisteront, comme les deux titans du web qu'il sont, avec la dynamique de croissance qui est la leur.
Lire la suite de ce dossier: Google vs Facebook: Les forces en présence - Dossier 2/2 - Infographie et analyse







Pour ma part, je vois une autre cible que Facebook pour Google+. Cette cible serait Apple et plus précisément l'iPhone.
RépondreSupprimerEn effet, une forte intégration de Google+ dans Android déplacerait fortement le curseur de la concurrence technologique entre les deux plateformes. Google réaliserait ainsi le pas que Facebook s'est pour le moment refusé à franchir, mettre le réseau social au coeur du téléphone.
@Carl Bjr et merci pour votre commentaire. Votre réflexion nous semble en effet très pertinente. Nous nous sommes concentrés dans ce billet sur le "noyau dur" de la question: dans quelle mesure Google+ introduit-il une véritable rupture dans l'expérience sociale du web, et en quoi cette rupture, qui prend la forme d'une plateforme sociale intégrative, véritable machine de guerre puisqu'elle rend les contenus de tous les services de Google nativement sociaux, est-elle de nature à remettre en cause la suprématie jusqu'ici indiscutée de Facebook dans l'univers du web social et des réseaux sociaux.
RépondreSupprimerMaintenant, et pour reprendre votre argument, le fait que Google ait directement visé Facebook avec Google+ n'exclut en rien un combat sur tous les fronts, y compris vs Apple. Android est en train de se tailler la part du lion. Google jour à fond la stratégie mobile (dans Google+, la composante mobile est d'ailleurs bien présente). Nous observons que Google+, déjà disponible sur Android (http://www.slashgear.com/google-mobile-app-review-and-hands-on-beta-29162086/), va l'être très prochainement pour iPhone. ET nous observons également que les plus "accro" d'Apple s'extasient sur la simplicité, l'ergonomie et la puissance de Google+ pour Android. Sans compter que Google code toujours pour toutes les plateformes, sans exception, et avec efficacité. Donc, tout comme vous, sans aucune Google mania mais en toute lucidité, nous pensons également qu'Android, déjà dans une logique de croissance exponentielle avec des éléments visionnaires (voir par exemple la gestion de la domotique: http://www.begeek.fr/android-sattaque-au-marche-de-la-domotique-37022)présentée début Mai- est en train de venir "battre" Apple sur le terrain mobile. Ce qui est logique: Google est le "père" des web applications pour tous. la mobilité est venue tout naturellement relayer et amplifier la puissance des web applications. Google + va directement hériter de cette combinaison cloud/mobilité via Android. Et Facebook ne pourra pas suivre sur ce terrain, pas plus qu'Apple, pour des raisons très simples: Facebook n'a pas de terminal ni d'OS mobile lui appartenant, Google, si. Apple n'a pas déployé une stratégie globale de web apps. Google, si.
Donc le "curseur" dont vous parlez est déjà, de notre point de vue, déplacé, et Apple se retrouve déjà en posture délicate, Android ayant le premier bénéficié (logiquement) du développement de Google+ pour mobile. Et iPhone n'étant appelé qu'à devenir pour Google+ qu'un territoire de plus en cours de conquête. Certes; Apple peut encore se prévaloir des Mds d'Apps téléchargées, mais voilà qui risque fort, dans le contexte introduit par Google+ et la valorisation d'Android, une victoire à la Pyrrhus. Apple va devoir en effet réagir et très vite!
De la même manière, imaginez l'impact d'une intégration à Google Apps, demain...
RépondreSupprimer@Galliryc Merci pour votre contribution!
RépondreSupprimerEn effet! Nous l'avons évoquée à mi-mot dans le billet. Mais il est évident que c'est ce que Google a en-tête. Sa stratégie est claire: intégrer pour déployer socialement. Aucun contenu n'y échappera; aucune fonctionnalité Google. Donc pas plus les google apps, bien sûr! Le travail collaboratif va s'en trouver augmenté considérablement en efficacité. Les pros le pressentent. C'est une évidence pour eux. Et nous le disent! C'est si vrai que nous ferons apparaître ce point dans un 3ème billet d'analyse temps réel sur le sujet à paraître cette semaine, après le 2/2 du dossier qui paraîtra le 5/07/2011 ;-) Nous y livrerons des retours fort instructifs qui vont dans le sens que vous dîtes.
Votre observation est extrêmement révélatrice: quiconque s'arrête pour réfléchir sérieusement, même rapidement, "voit" à quel point l'architecture de tous les services de Google s'intègre parfaitement à Google+. Pour les Google Apps, la productivité sera d'autant plus augmentée que le jeu des cercles permettra la double valorisation du réseau interne et externe des entreprises. Google+ va être un accélérateur de business magistral.
Ce qui se passe est très intéressant. Et tout comme nous, nous nous projetons, aux aguets par rapport aux développements à venir!
Merci beaucoup pour votre article encyclopédique. En revanche, vous n'avez pas abordé la menace pour Twitter avec les fonctionnalités asymétriques de suivi et de réactions aux posts de personnes hors de nos contacts. De plus sur Google+, pas de limitation à 140 caractères.
RépondreSupprimer@Serge Merci pour votre contribution!
RépondreSupprimerLe billet était centré sur ce que nous nommerons le premier face à face. Le plus immédiat. D'autant que Facebook avait programmé une "grande annonce"...
Comme vous l'avez souligné, l'article est déjà conséquent, et y aborder Twitter lui aurait donné des proportions singulières.
Mais il va de soi que lorsque le billet était en cours de rédaction, la question se posait. Car le réseau le plus directement "challengé" par Google+ n'est peut-être pas celui qu'on croit! Pour avoir une idée plus précise sur le sujet, il fallait voir comment Google+ allait être exploité, même en version béta. Avec un peu plus de 3 semaines de recul, on commence à y voir plus clair, surtout à partir des expérimentations des early adopters. Or de toute évidence, il y a un usage de Google+ qui constitue une concurrence frontale pour Twitter pour les raisons que vous citez, et de nombreuses autres.
Donc rendez-vous dans un prochain billet sur le sujet, car c'est une vraie réflexion qui s'impose face au trio Facebook - Twitter - Google+ ! ;-)
Merci pour votre réactivité. Pour apporter un peu d'eau à votre moulin, Michael Dell, grand fan de G+, veut déjà intégrer Hangout à son service client http://gigaom.com/video/dell-google-hangouts/
RépondreSupprimerPour ce qui est connu, Google finalise avec Ford les fonctionnalités professionnelles